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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413468

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413468

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSUDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2410533/12/3 du 18 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a, sur le fondement de l'article R. 312-8 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise le dossier de la requête de M. D C, enregistré au tribunal administratif de Paris le 26 avril 2024.

Par cette requête, enregistrée le 19 septembre 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise sous le n° 2413468, M. C, représenté par Me Sudre, avocate désignée d'office, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 avril 2024 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation.

Il soutient que:

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'elle a été introduite après l'expiration du délai de recours ;

- les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, première vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et

L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;

- les observations de Me Sudre, avocate désignée d'office représentant

M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et soulève, en outre, de nouveaux moyens tirés de ce que l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente, méconnaît les stipulations l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C, ressortissant sri-lankais né le 8 avril 1989, déclare être entré en France en janvier 2019. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile le 20 février 2019. Sa demande a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 29 mars 2019, laquelle a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 6 octobre 2021. Par un arrêté du 21 avril 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait obligation à M. C de quitter le territoire français. Interpellé le 14 avril 2024 à la suite d'un contrôle d'identité, le préfet de police de Paris, par un arrêté du même jour, a prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-00198 du 16 février 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à Mme B A, attachée d'administration de l'Etat et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes applicables à la situation du requérant, précise que M. C est entré sur le territoire français en 2019, qu'il ne se prévaut pas de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, qu'il est célibataire et sans enfant à charge et qu'il n'a pas déféré à une précédente obligation de quitter le territoire français du préfet de la Seine-Saint-Denis du 21 avril 2022. Ainsi, alors même que le préfet de police de Paris n'a pas relevé qu'il dispose d'un emploi dans la restauration et qu'il est intégré professionnellement sur le territoire français, cet arrêté énonce les éléments de droit et de fait propres à la situation personnelle du requérant sur lesquels le préfet a entendu fonder la décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'un défaut de motivation de sa situation manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté litigieux serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

6. M. C ne saurait utilement soutenir qu'il encourt un risque de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, dès lors que la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet, de fixer le pays de renvoi. En tout état de cause, il n'apporte aucun élément probant de nature à établir qu'il serait personnellement, actuellement et directement menacé en cas de retour dans son pays d'origine. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 29 mars 2019, confirmée par une décision de la CNDA du

6 octobre 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () ". Aux termes du premier alinéa de l'article

L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

8. En l'espèce, M. C, en se bornant à faire état de craintes pour sa vie ou sa liberté dans son pays d'origine, ne fait état d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle à l'édiction d'une interdiction de retour sur le territoire français, laquelle n'a ni pour objet, ni pour effet de fixer le pays de destination. En outre, entré récemment en France, il n'établit pas l'intensité de ses liens avec la France et ne justifie pas d'une particulière intégration au sein de la société française. Par ailleurs, le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 21 avril 2022 à laquelle il s'est soustraite. Dans ces conditions,

M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée, qui limite à douze mois l'interdiction de retour sur le territoire français, méconnaît les dispositions précitées. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 18 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Grenier La greffière,

Signé

O. El Moctar La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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