Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413472

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDOOKHY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé les arrêtés du 23 mai 2024 par lesquels le préfet de police de Paris avait obligé M. A, ressortissant bangladais, à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour de trente-six mois. La solution retenue est fondée sur le fait que M. A était titulaire d’une attestation de demandeur d’asile en cours de validité, l’Office français de protection des réfugiés et apatrides n’ayant pas encore statué, ce qui lui conférait un droit au maintien sur le territoire français en vertu des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par conséquent, les arrêtés ont été jugés entachés d’une erreur manifeste d’appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 septembre 2024, enregistrée le 19 septembre au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. B A, enregistrée au greffe de ce tribunal le 25 mai 2024.

Par cette requête, M. A, représenté par Me Dookhy, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 23 mai 2024 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois, en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Il soutient que :

- les arrêtés contestés ont été pris par une autorité incompétente ;

- ils sont insuffisamment motivés ;

- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il titulaire d'une attestation de demandeur d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il encourt des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée.

La requête a été communiquée au préfet de police de Paris, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Louvel, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique du 1er octobre 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 1er janvier 2002, a été interpelé par les services de police, le 21 mai 2024, pour des faits de violences volontaires avec interruption temporaire de travail inférieure à huit jours avec arme par destination. Par deux arrêtés du 23 mai 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de police de Paris a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trente-six mois, en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". L'article L. 541-2 du même code dispose : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a sollicité son admission au bénéfice de l'asile et qu'une attestation de demandeur d'asile lui a été délivrée le 19 janvier 2024, soit antérieurement à l'édiction des arrêtés attaqués, le 23 mai 2024. Il ressort des pièces du dossier qu'à cette dernière date, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'avait pas statué sur la demande d'asile de M. A et, qu'en conséquence, le droit au maintien sur le territoire français que le requérant tenait des dispositions précitées de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'avait pas pris fin. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que les arrêtés contestés sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des arrêtés du 23 mai 2024 par lesquels le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les arrêtés du préfet de police de Paris du 23 mai 2024 sont annulés.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 11 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. Louvel La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.