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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413513

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413513

vendredi 31 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantSKANDER

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. B..., ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 22 août 2024 refusant son titre de séjour en qualité de salarié, l'obligeant à quitter le territoire et fixant le pays de renvoi. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, estimant l'arrêté suffisamment motivé et pris par une autorité compétente. Il a jugé que M. B... ne pouvait bénéficier de l'article 10 de l'accord franco-tunisien, la communauté de vie avec son épouse française ayant cessé, et qu'il ne remplissait pas les conditions de l'article 3 du même accord pour un titre "salarié" faute de contrat de travail visé. La solution s'appuie sur l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 septembre 2024, M. A... B..., représenté par Me Skander, demande au tribunal :

d’annuler l’arrêté du 22 août 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai d’un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


M. B... soutient que :
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les stipulations des articles 3 et 10 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation.


La requête a été communiquée au préfet du Val-d’Oise, qui n’a pas produit de mémoire en défense.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Lusinier, conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.

Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant tunisien né le 23 novembre 1986, est entré sur le territoire français le 16 octobre 2020 muni d’un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjoint de français. Il a sollicité le 21 mars 2022 un changement de statut pour celui de salarié, en se prévalant des stipulations de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988. M. B... demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 22 août 2024 par lequel le préfet du Val-d’Oise a rejeté sa demande, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi.
En premier lieu, par arrêté n°24-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d’Oise du même jour, le préfet du Val-d’Oise a donné délégation à Mme E... D..., chef de la section contentieux, à l’effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, en cas d’absence ou d’empêchement du préfet. A cet égard, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce dernier n’aurait pas été absent ou empêché lorsque l’arrêté attaqué a été pris. Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué aurait été pris par une autorité incompétente doit être écarté.
En deuxième lieu, l’arrêté attaqué comporte, en toutes ses décisions, l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé, alors même qu’il ne présente pas une description exhaustive de la situation du requérant. Cette motivation ne révèle en outre aucun défaut d’examen de sa situation personnelle et familiale.
En troisième lieu, aux termes de l’article 10 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; (…) ».
Il est constant que M. B..., qui s’est marié le 8 novembre 2019, est séparé de sa conjointe, ressortissante française, depuis le 27 décembre 2021, de sorte qu’il ne justifiait plus d’une communauté de vie à la date de l’arrêté attaqué. En tout état de cause, s’il fait valoir que cette séparation résulte des violences conjugales dont il a été victime, il ne l’établit pas par la seule production de la plainte qu’il a déposée le 27 décembre 2021. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l’article 10 de l’accord franco-tunisien susvisé doit être écarté.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988 : « Les ressortissants tunisiens désireux d’exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d’un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l’article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d’un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an et renouvelable et portant la mention "salarié" ».
M. B... a versé à l’appui de sa demande de titre de séjour un contrat de travail à durée indéterminée signé le 10 juillet 2022 pour exercer les fonctions de manœuvre au sein de la société E.D.I située à Challes-les-Eaux (Savoie). Toutefois, s’il verse au dossier une confirmation de dépôt d’une demande d’autorisation de travail effectuée le 4 août 2023, il a été licencié le 5 avril 2024, avant l’arrêté attaqué, de sorte qu’il ne pouvait se prévaloir des stipulations précitées. En outre, si l’intéressé produit un contrat de travail à durée déterminée signé le 13 juillet 2024, pour une durée de trois mois, afin d’exercer les fonctions de chauffeur-livreur au sein de la société Khadispal située à Cormeilles-en-Parisis (Val-d’Oise), il ne verse aucune demande d’autorisation de travail pour cette activité. Dans ces conditions, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d’Oise aurait méconnu les stipulations précitées de l’article 3 de l’accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par suite, le moyen doit être écarté.
En cinquième lieu, aux termes de 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».
M. B..., entré sur le territoire national en 2020, ne justifiait pas d’une ancienneté de séjour en France suffisante à la date de l’arrêté attaqué. En outre, célibataire et sans charge de famille, il n’est pas dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, où résident ses parents et l’un de ses frères et où il a vécu jusqu’à l’âge de trente-trois ans. Par suite, c’est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet du Val-d’Oise a pris l’arrêté attaqué.
En dernier lieu, il ne ressort, ni des pièces du dossier, ni des éléments exposés ci-dessus que le préfet du Val-d’Oise aurait commis une erreur manifeste d’appréciation au regard de la situation personnelle et familiale du requérant en prenant l’arrêté attaqué.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte ainsi que de celles présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-d’Oise.



Délibéré après l'audience du 29 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ablard, président,
M. Bories, premier conseiller,
Mme Lusinier, conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2025.



La rapporteure,


signé


V. LusinierLe président,


signé


T. AblardLa greffière,


signé


M. C...


La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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