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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413594

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413594

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413594
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGULER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2407763 du 20 septembre 2024, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le même jour, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par Mme D E.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles, le 9 septembre 2024 et un mémoire complémentaire, enregistré le 8 octobre 2024, Mme E représentée par Me Guler demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 4 septembre 2024 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui faire une offre de prise en charge, de procéder à l'entretien prévu à l'article L. 522-1 du CESEDA et de lui fournir les conditions matérielles d'accueil à compter de la date d'enregistrement de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du Code de justice administrative

Elle soutient que

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise sans examen particulier de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière à défaut d'une information sur les modalités d'octroi des conditions matérielles d'accueil et d'une évaluation de sa vulnérabilité ;

- les dispositions de l'article L. 511-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont contraire à la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- elle méconnait l'article L. 511-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle ne connaissait pas la procédure pour présenter une demande d'asile ni ne savait qu'elle devait se présenter une telle demande dans un délai limité après son entrée en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

- la décision du Conseil d'Etat n° 450285 du 24 février 2022 ;

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en application des articles L. 551-1 et L. 921-1 et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Guler représentant M. E qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle expose à l'oral.

L'OFII n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante camerounaise née le 10 octobre 1982, serait entrée en France le 30 août 2023 où elle a présenté le 4 septembre 2024 une demande d'asile auprès de la préfecture des Yvelines. Par une décision du 4 septembre 2024, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Mme E demande au tribunal l'annulation de cette décision du 4 septembre 2024.

2. En premier lieu, la décision contestée a été signée par Mme A C, directrice territoriale de l'OFII à Montrouge laquelle bénéficiait, en vertu d'une décision du 1er mai 2021 du directeur général de l'OFII, régulièrement publié le même jour sur le site internet de l'établissement public, librement accessible tant au juge qu'aux parties, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de Mmes B et Savouré, toutes décisions se rapportant aux missions dévolues à la direction territoriale de Montrouge au nombre desquelles figure la décision attaquée. Il n'est pas soutenu que Mmes B et Savouré n'étaient ni absentes ni empêchées à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée () ".

4. La décision en litige vise notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique le motif de fait retenu pour refuser à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil tiré de ce qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16. ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

6. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E aurait été informée des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, dans les circonstances de l'espèce et eu égard au motif pour lequel ces conditions lui ont été refusées, cette circonstance n'a pu exercer d'influence sur le sens de la décision en litige et l'intéressée ne peut être regardée comme ayant été privée d'une garantie. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

7. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme E a bénéficié, le 4 septembre 2024, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien pour l'évaluation de sa vulnérabilité qui a été réalisé en langue française, langue qu'elle comprend sans l'aide d'un interprète. La fiche d'évaluation de vulnérabilité signée par la requérante sans réserve, comporte le cachet du service et les initiales de l'auditeur de l'OFII qui a réalisé cet entretien. Aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi que cet entretien d'évaluation de vulnérabilité n'aurait pas été conduit par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin, ainsi que le prescrit l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'absence de réalisation d'un entretien d'évaluation doit être écarté.

8. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier, que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen personnalisé de la situation de Mme E ni pris en compte sa vulnérabilité avant de prendre la décision attaquée.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

10. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; / ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national ; / ou c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE. / () / 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. / () / 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. / 6. Les États membres veillent à ce que les conditions matérielles d'accueil ne soient pas retirées ou réduites avant qu'une décision soit prise conformément au paragraphe 5. "

11. D'une part, les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE, qui précisent les cas dans lesquels les Etats membres peuvent limiter ou retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, prévoient que les États membres peuvent limiter l'octroi des aides matérielles à un demandeur d'asile lorsqu'ils peuvent attester que ce demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. Il résulte des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'est prévue, pour chaque hypothèse de refus ou de suspension des conditions matérielles d'accueil et notamment mentionnée à son point 4°, qui correspondent aux hypothèses fixées à l'article 20 de la directive 2013/33/UE, la possibilité pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'y procéder totalement ou partiellement, en tenant compte de la vulnérabilité du demandeur d'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile méconnaîtraient les objectifs de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.

12. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par Mme E a été enregistrée le 4 septembre 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, le 30 août 2023. Si Mme E soutient qu'elle ignorait les règles applicables pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil et qu'elle devait présenter sa demande d'asile dans les quatre-vingt-dix jours après son arrivée en France, cette seule circonstance ne constitue pas un motif légitime au sens des dispositions du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour justifier du non-respect des délais prévus par cet article. Par conséquent, en l'absence de motif légitime, Mme E se trouvait dans un des cas où, en application des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII pouvait, sans commettre d'erreurs de droit, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

13. En septième lieu, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit être écarté pour ce motif.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 4 septembre 2024. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié Mme D E et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. Ouillon

La greffière,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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