Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413609

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a examiné les recours de M. A, ressortissant pakistanais entré en France à l'âge de cinq ans, contre un arrêté préfectoral du 17 septembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire sans délai, assorti d'une interdiction de retour d'un an et d'une assignation à résidence. Le tribunal a annulé ces décisions, estimant que le préfet n'avait pas suffisamment motivé l'obligation de quitter le territoire en ne tenant pas compte de la durée de présence de l'intéressé (depuis 2011) et de ses liens avec la France, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par voie de conséquence, l'interdiction de retour et l'assignation à résidence ont également été annulées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024 sous le n° 2413609, M. B A, représenté par Me Ajoyev demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la menace à l'ordre public et du risque de fuite ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation.

II. Par une requête, enregistrée le 20 septembre 2024 sous le n° 2413616, M. B A, représenté par Me Ajoyev demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Val-d'Oise ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné ;

- les observations de Me Ajoyev, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens qu'il expose à l'oral ;

- et les observations de M. A.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2413609 et n° 2413616, présentées pour M. A, concernent la situation d'un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. M. B A, ressortissant pakistanais né le 14 mai 2006, est entré sur le territoire français selon ses dires en 2011. Il a fait l'objet d'une interpellation pour des faits de blessures involontaires par conducteur de véhicule terrestre, de conduite sans permis et sans assurance et de défaut de maîtrise. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ainsi que l'arrêté du même jour par lequel la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans le département du Val-d'Oise.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

4. Il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français, sur le fondement des 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, après avoir relevé qu'il se trouvait en situation irrégulière sur le territoire français et qu'il avait été interpellé par les services de police pour des faits de conduite d'un véhicule terrestre sans permis et sans assurance et pour des faits de blessures involontaires par un conducteur de véhicule terrestre, et que sa présence en France constituait alors une menace pour l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France en 2011 à l'âge de cinq ans, qu'il y réside habituellement depuis lors et qu'il a bénéficié de documents de circulation pour mineur étranger dont le dernier était valable jusqu'au 13 mai 2024, soit jusqu'à sa majorité. L'intéressé produit des certificats de scolarité établissant qu'il est scolarisé en France depuis mars 2011 et qu'à la date de l'arrêté attaqué, il poursuit ses études au lycée Maryse Condé à Sarcelles en classe de terminale en vue de préparer un baccalauréat professionnel "Métiers de l'électricité et de ses environnements connectés". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que les parents de l'intéressé, chez qui il réside, séjournent régulièrement en France sous couvert de titres de séjour et que l'une de ses sœurs est de nationalité française. Son autre sœur, mineure, a été autorisée à entrer en France dans le cadre de la procédure de regroupement familial, par décision du préfet du Val-d'Oise du 10 mars 2023 et sa mère exerce un emploi d'agent de service. Enfin, le requérant a présenté, le 15 mai 2023, une demande de naturalisation qui est en cours d'instruction. Il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des mentions de l'arrêté attaqué que le préfet aurait pris en compte la situation personnelle et familiale du requérant, ainsi rappelée, avant de l'obliger à quitter le territoire français. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle avant de l'obliger à quitter le territoire français.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 17 septembre 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a fait obligation à M. A de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour lui refusant un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'arrêté du 17 septembre 2024 du préfet du Val-d'Oise portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

7. En application de ces dispositions, le présent jugement implique le réexamen de la situation de M. A. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés aux litiges :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans les présentes instances, une somme de 800 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Les arrêtés du préfet du Val-d'Oise en date du 17 septembre 2024 sont annulés.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

S. OuillonLe greffier,

Signé

Z. Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2413609, 2413616