Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413625

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, un ressortissant afghan, qui contestait la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 10 septembre 2024 mettant fin à ses conditions matérielles d'accueil. Le requérant invoquait notamment une insuffisance de motivation et une erreur manifeste d'appréciation, soutenant avoir respecté les convocations. Le tribunal a jugé la décision suffisamment motivée et a estimé que le moyen tiré de l'absence d'examen de la vulnérabilité n'était pas fondé, en application des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 septembre 2024, M. C A, représenté par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 10 septembre 2024 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin au bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de rétablir le bénéfice de ses conditions matérielles d'accueil à compter du 10 septembre 2024, dans un délai de huit jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- sa situation de vulnérabilité n'a pas été examinée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il s'est rendu aux convocations et a été placé en procédure normale d'examen de sa demande d'asile le 20 août 2024 ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est vulnérable.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné Mme Grenier, première vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relatives aux conditions matérielles d'accueil.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;

- les observations de Me Ivanovic Fauveau, en présence de M. A, assisté de

M. B, interprète, qui relève que les pièces produites par l'OFII sont confuses. Il est également incompréhensible que M. A ait obtenu une attestation de demandeur d'asile en procédure normale une semaine après la décision attaquée, le 4 juillet 2023. La décision de l'OFII aurait dû être davantage motivée. Il y a un défaut d'examen de sa situation, qui doit conduire au réexamen de sa situation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant afghan né le 10 octobre 1993, a sollicité son admission en France au séjour au titre de l'asile. Le 8 décembre 2023, il a accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 10 septembre 2024, dont M. A demande l'annulation, l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'a informé de la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (). ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle précise que M. A n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter aux autorités et que ses besoins et sa situation personnelle et familiale ont également été examinés. Ainsi, la décision attaquée comporte un énoncé suffisamment précis des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables (). ".

5. Si l'article L. 522-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'un entretien doit se tenir avec l'étranger qui a déposé une demande d'asile afin d'évaluer sa vulnérabilité et de déterminer ses besoins avant que l'OFII ne statue sur son éligibilité aux conditions matérielles d'accueil, ces dispositions ne sauraient être lues comme imposant qu'un nouvel entretien ait lieu lorsqu'il est envisagé d'y mettre fin. En tout état de cause, la situation de vulnérabilité de M. A a été examinée le 8 décembre 2023. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il a fait état d'éléments nouveaux à cet égard lors de la procédure contradictoire préalable à l'interruption de ses conditions matérielles d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'un vice de procédure en l'absence d'entretien de vulnérabilité préalablement à la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 511-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Selon l'article L. 551-16 du même code : " Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes (). / La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. / Lorsque la décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil a été prise en application des 1°, 2° ou 3° du présent article et que les raisons ayant conduit à cette décision ont cessé, le demandeur peut solliciter de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. L'office statue sur la demande en prenant notamment en compte la vulnérabilité du demandeur ainsi que, le cas échéant, les raisons pour lesquelles il n'a pas respecté les obligations auxquelles il avait consenti au moment de l'acception initiale des conditions matérielles d'accueil. ". Selon l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. Dans les cas prévus aux 1° à 3° de l'article L. 551-16, elle ne peut être prise que dans des cas exceptionnels. Cette décision prend effet à compter de sa signature (). ".

7. D'une part, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier qu'avant de mettre fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil de M. A, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et familiale au regard notamment de sa vulnérabilité.

8. D'autre part, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait méconnu les dispositions de l'article D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile selon lesquelles la situation mettant fin aux conditions matérielles d'accueil est prise dans des cas exceptionnels lorsque le ressortissant étranger ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile.

9. Il résulte de ce qui est dit aux points 7 et 8 que le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. A doit être écarté.

10. En quatrième lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier, qu'alors que l'obligation de se présenter à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle le 26 juin 2024 en vue de l'exécution de l'arrêté du préfet des Yvelines du 1er février 2024 portant transfert en Bulgarie lui a été notifiée le 13 juin 2024 en mains propres avec l'assistance d'un interprète, M. A ne s'est pas présenté à ce vol.

11. D'autre part, si les conditions matérielles d'accueil proposées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration et acceptées initialement par le demandeur d'asile peuvent être modifiées, en fonction notamment de la situation de celui-ci ou de son comportement, la circonstance que, postérieurement à l'enregistrement de sa demande, l'examen de celle-ci devienne de la compétence de la France n'emporte pas pour l'Office français de l'immigration et de l'intégration l'obligation de réexaminer, d'office et de plein droit, les conditions matérielles d'accueil acceptées initialement. La circonstance que la demande d'asile de M. A a été enregistrée en procédure dite " normale " par le préfet des Yvelines le 20 août 2024 est ainsi sans incidence sur la légalité de la décision par laquelle il est mis fin aux conditions matérielles d'accueil au motif qu'il n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se rendant pas à la convocation, qui lui a été notifiée en mains propres le 13 juin 2024, pour un vol à destination de la Bulgarie le 26 juin 2024.

12. Enfin, si M. A fait valoir que la décision attaquée le place dans une situation d'extrême précarité alors qu'il est une personne vulnérable, compte-tenu de son âge et des violences qu'il a subies en Afghanistan, cette vulnérabilité particulière ne ressort pas des pièces du dossier, alors qu'il résulte des termes mêmes de la décision attaquée que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a examiné ses besoins et sa situation personnelle et familiale avant de mettre fin à ses conditions matérielles d'accueil.

13. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaîtrait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. A n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. A demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition du greffe, le 18 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Grenier La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne à l'Office français de l'immigration et de l'intégration en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°24136250