Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413781
vendredi 11 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413781 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Thieffry, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner la suspension de l'exécution par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa décision dans un délai de 8 jours à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de déclarer l'ordonnance exécutoire aussitôt qu'elle aura été rendue ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 2 000 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se trouve séparé de son épouse et de ses enfants, que cela porte atteinte à sa vie privée et familiale, que son épouse est atteinte d'une pathologie cardiaque chronique alors qu'elle doit veiller seule à ses deux enfants et que cela impacte sa santé, que cette séparation anormalement longue entraîne des conséquences sur la santé mentale de ses deux enfants ainsi que sur leur développement à long terme, que cela a également des répercussions sur sa santé mentale qui impacte sa vie professionnelle ;
- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux ;
* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* elle méconnait les stipulations de l'article 4 de la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 ;
* elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
La requête a été communiqué au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observation.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2413749, enregistrée le 23 septembre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention franco-algérienne du 27 décembre 1968 et son protocole annexé ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 11 octobre 2024 à 10 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de
Mme Bouayyadi, greffière d'audience :
- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;
- les observations de Me Thieffry, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien, né le 20 avril 1985 à Hussein Dey en Algérie, est titulaire d'un certificat de résidence algérien valable jusqu'au 7 février 2025. Il a déposé une demande de regroupement familiale au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants en date du 14 novembre 2022. Après plusieurs relances auprès des services de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII), il a été informé que sa demande a été enregistré le 15 mai 2023 et que sa demande devrait être considérée comme ayant été rejetée à l'expiration d'un délai de 6 mois sans réponse. Par un courrier en date du 21 septembre 2023, il a été informé par l'OFII que son dossier a été transmis à la préfecture des Hauts-de-Seine. Par deux courriels du 5 avril 2024 et du 28 mai 2024, la préfecture l'a informé que son dossier était en cours d'instruction. Par un dernier courriel en date du 5 août 2024 il a relancé les services de la préfecture, mais n'a reçu aucune réponse. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement rejeté sa demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcé la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, alors que la demande de regroupement familial formée par M. A au profit de son épouse et de ses 2 enfants mineurs a été déposé le 14 novembre 2022 et enregistrée le 15 mai 2023, celle-ci ne pouvait être regardée que comme ayant été implicitement rejetée le 15 octobre 2023, eu égard à l'information reçu de l'OFFI lui indiquant et que sa demande devrait être considérée comme ayant été rejetée à l'expiration d'un délai de 6 mois sans réponse. En attendant le 24 septembre 2024 pour introduire la présente requête en référé, le requérant, quand bien même il aurait été destinataire de messages l'informant que son dossier était en cours d'instruction et nonobstant la situation de son épouse et de ses enfants en Algérie, ne saurait être regardé comme justifiant d'une urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Il suit de là, précision étant faite qu'il conserve la possibilité d'introduire une deuxième demande de regroupement familial, que sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 11 octobre 2024.
Le juge des référés,
signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.