Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413813

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413813
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A qui demandait d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande d’admission exceptionnelle au séjour. Le juge estime que la condition d’urgence n’est pas remplie, faute pour le requérant de justifier d’un préjudice suffisamment grave et immédiat, malgré sa situation irrégulière prolongée et son intégration personnelle et professionnelle. La décision se fonde sur les articles L. 521-3 et L. 522-3 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 septembre 2024, M. B A, représenté par Me Oukhelifa, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui donner un rendez-vous aux fins de dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " vie privée et familiale ", et d'examiner sa demande, sous astreinte de 250 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est établie, dès lors qu'il est maintenu dans une situation précaire pendant une durée anormalement longue, alors qu'il se trouve exposé à un placement en centre de rétention administrative et à une mesure d'éloignement, en outre, cette situation porte atteinte à son droit au respect à sa vie privée et familiale et à sa situation professionnelle ;

- la mesure sollicitée est utile, dès lors qu'il tente depuis le mois de janvier 2024 d'obtenir un rendez-vous auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, sans y parvenir ;

- la mesure sollicitée n'est pas de nature à faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 13 novembre 1990 à Beni-Douala en Algérie, est entré en France le 9 décembre 2019 muni d'un visa de type C valable du 8 décembre 2019 au 6 janvier 2020. Le 5 janvier 2024, il a déposé une demande de pré-examen de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour pour l'obtention d'un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " auprès des services de la préfecture des Hauts-de-Seine. M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable, même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles, sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 522-3 dudit code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, aux termes du premier alinéa de son article R. 522-1 : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. S'agissant de la condition d'urgence à laquelle est notamment subordonné le prononcé des mesures mentionnées à l'article L. 521-3, il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si la situation portée à sa connaissance est de nature à porter un préjudice suffisamment grave et immédiat à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. A fait valoir qu'il ne parvient pas à obtenir un rendez-vous en vue de déposer son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour auprès de la préfecture des Hauts-de-Seine, alors qu'il a déposé sa demande de pré-examen le 5 janvier 2024, et que la durée anormalement longue du traitement de sa demande le place dans une situation précaire, porte atteinte à sa vie privée et familiale et à sa vie professionnelle et l'expose à un risque de mesure d'éloignement. Toutefois, si l'intéressé justifie d'une présence ininterrompue sur le territoire français depuis 2019 ainsi que d'une intégration personnelle et professionnelle solide, il résulte de ses propres déclarations qu'il se maintient en situation irrégulière sur le territoire depuis plusieurs années. En outre, M. A se borne à des propos généraux et impersonnels sans apporter la preuve de ce qu'il allègue, notamment en ce qui concerne l'atteinte portée à sa vie professionnelle. Ainsi, les circonstances que l'intéressé invoque ne justifient, en tout état de cause, pas que sa demande d'admission exceptionnelle au séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d'urgence nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à très bref délai. Par conséquent, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions, en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 30 septembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.