Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413836

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé, a suspendu l'exécution de la décision implicite de rejet du préfet du Val-d'Oise refusant le renouvellement du titre de séjour de M. B, ressortissant malien. La suspension a été ordonnée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, en raison d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, notamment pour défaut de motivation. Le tribunal a également enjoint au préfet de réexaminer la situation de M. B dans un délai de 15 jours et a condamné l'État à lui verser 1 000 euros au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Boutchich, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision en date du 3 juin 2024 par laquelle le préfet du Val d'Oise a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 433-1 et L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et à défaut à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'article L. 435-1 du code précité sous la même astreinte et le même délai ;

3°) à défaut, d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise ou à tout préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour, qu'il se retrouve en situation irrégulière, qu'il se trouve privé son droit au travail et son droit au séjour, qu'il souffre d'une pathologie chronique grave nécessitant des soins et des traitements et une prise en charge sur le territoire français ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :

* est entachée d'un vice de forme, en raison d'un défaut de motivation en droit et en fait, dès lors qu'il a sollicité la communication des motifs du refus implicite ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle ;

* a été prise en méconnaissances des dispositions des articles L. 433-1, L. 425-9 et L. 4351-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiqué au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observation en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2413840, enregistrée le 24 septembre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration.

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 11 octobre 2024 à 10 heures en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de M. lamy, juge des référés ;

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malien, né le 6 octobre 2002 à Diougounte au Mali, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mention " vie privée et familiale " en date du 3 février 2024. Le silence gardé sur cette demande par le préfet du Val d'Oise a fait naître, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

3. Précision étant faite que, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, la présomption d'urgence est établie en l'absence de tout élément produit en défense de nature à la remettre en cause, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée est, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux sur sa légalité. Il y a lieu en conséquence de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de réexaminer la situation de M. B dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

4. Dans les circonstances de l'espèce, l'Etat versera à M. B une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision en date du 3 juin 2024 par laquelle le préfet du Val d'Oise a implicitement rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour de M. B est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val d'Oise de réexaminer la situation de M. B dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 3 : L'Etat versera à M. B une somme de 1000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise au préfet du Val-d'Oise.

Fait à Cergy, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24138362