Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413874

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de la décision du 18 juillet 2023 refusant l'enregistrement et l'instruction de la demande de titre de séjour de M. B, ressortissant ivoirien. Le juge a reconnu l'urgence compte tenu de la situation de parent d'enfant bénéficiaire d'une protection internationale et a estimé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2024, M. A B, représenté par Me Victor, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision portant refus d'enregistrement et d'instruction d'une demande de titre de séjour notifiée sur la plateforme de l'ANEF en date du 18 juillet 2023 ;

3°) d'enjoindre au préfet compétent de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de deux semaines à compter de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros hors taxes à Me Victor en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et prévoir qu'en cas de non admission à l'aide juridictionnelle cette somme lui sera directement versée.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se retrouve placé en situation irrégulière depuis un délai anormalement long alors même qu'il peut prétendre à un titre de séjour de plein droit, qu'il se trouve dans l'impossibilité de faire enregistrer sa demande et se voir délivrer un récépissé de demande de titre, cela emporte des conséquences sur sa santé mentale le plaçant dans une situation d'anxiété permanente de peur de se faire contrôler et éloigner ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 424-3 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

La requête a été communiqué au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas présenté d'observation.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2311812, enregistrée le 8 septembre 2023, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience du 11 octobre 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 ocotbre 2024 à 10 heures, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de Me Dighiero, substituant Me Victor, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 25 novembre 1985 à Adjame en Côte d'Ivoire, a sollicité le 17 mai 2023 un titre de séjour " parent d'enfant bénéficiaire d'une protection internationale ", le 18 juillet 2023 sa demande a été clôturée sur la plateforme de l'ANEF au motif qu'il n'aurait pas exécuté une précédente mesure d'éloignement. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision portant refus d'enregistrement et d'instruction de sa demande de titre de séjour en date du 18 juillet 2023.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. Eu égard à la situation particulière des enfants bénéficiant d'une protection internationale et au droit de leurs parents de résider régulièrement à leur côté sur le territoire français, la demande de M. B tendant à ce que l'exécution d'un refus d'enregistrement de sa demande de titre de séjour en qualité d'enfants bénéficiaires d'une protection internationale doit être regardée comme présentant un caractère d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :

4. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux sur la légalité du refus d'enregistrement et d'instruction de sa demande de titre de séjour notifiée sur la plateforme de l'ANEF le 18 juillet 2023. Il suit de là qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de cette décision et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer et d'instruire la demande de M. B et, dans l'attente de la décision à intervenir sur sa demande, de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

5. Aux termes de l'article 7 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " L'aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l'action n'apparaît pas, manifestement, irrecevable, dénuée de fondement ou abusive en raison notamment du nombre des demandes, de leur caractère répétitif ou systématique ". Aux termes de l'article 20 de cette loi : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'accorder à M. B le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les frais irrépétibles :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à Me Victor, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

O R D O N N E :

Article 1 : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L'exécution de la décision portant refus d'enregistrement et d'instruction de la demande de titre de séjour " parent d'enfants bénéficiant d'une protection internationale " notifiée sur la plateforme de l'ANEF en date du 18 juillet 2023 est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine d'enregistrer et d'instruire la demande de M. B et, dans l'attente de la décision à intervenir sur sa demande, de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 4 : L'Etat versera à Me Victor une somme de 1500 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Copies-en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine

Fait à Cergy, le 11 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.