Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413879
vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413879 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Référés urgents |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 septembre 2024 et le 27 septembre 2024, Mme B E et M. A D, représentés par Me Candon, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise les a mis en demeure de quitter le parking d'un site de l'université CY Cergy Paris Université situé 1 mail Gay Lussac à Neuville-sur-Oise, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification et, dans l'hypothèse où cette mise en demeure ne serait pas suivie d'effet, a décidé de procéder à leur évacuation forcée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de la justice administrative.
Ils soutiennent en dernier lieu que :
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000 dès lors que le maire de la commune de Neuville-sur-Oise n'était pas compétent pour présenter au préfet du Val-d'Oise la demande de mise en demeure de quitter les lieux ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que la commune de Neuville-sur-Oise entre dans le champ d'application de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 et non de son article 9-1 ;
- il méconnaît l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 en l'absence d'arrêté interdisant le stationnement des gens du voyage ;
- leur installation ne porte pas d'atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publique ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation quant au délai de quarante-huit heures laissé pour la mise en demeure de quitter les lieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme E la somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application des dispositions des articles L. 779-1 et R. 779-1 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 27 septembre 2024 à 13h45, en présence de Mme Soulier, greffière d'audience ;
- le rapport de Mme Richard, magistrate désignée ;
- les observations de M. D ;
- et les observations de M. C et de M. F, pour le préfet du Val-d'Oise.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré, présentée par Mme E et M. D, a été enregistrée le 27 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 20 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise a mis en demeure les personnes installées illégalement sur un parking d'un site de l'université CY Cergy Paris Université, situé 1 mail Gay Lussac à Neuville-sur-Oise, de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, à défaut il sera procédé à l'évacuation forcée des résidences mobiles des gens du voyage. Par la présente requête, Mme E et M. D demandent au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 susvisée : " I. - Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie : 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ; 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; 3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; 4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. L'agrément prévu au 3° du présent I est délivré pour une durée ne pouvant excéder six mois, en fonction de la localisation, de la capacité et de l'équipement de l'emplacement concerné, dans des conditions définies par décret. L'agrément d'un emplacement provisoire n'exonère pas l'établissement public de coopération intercommunale des obligations qui lui incombent dans les délais prévus à l'article 2. (). II. - En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. Cette mise en demeure reste applicable lorsque la résidence mobile se retrouve à nouveau, dans un délai de sept jours à compter de sa notification aux occupants, en situation de stationnement illicite sur le territoire de la commune ou de tout ou partie du territoire de l'intercommunalité concernée en violation du même arrêté du maire ou, s'il est compétent, du président de l'établissement public de coopération intercommunale prévu au I et de nature à porter la même atteinte à la salubrité, à la sécurité ou à la tranquillité publiques. Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. Lorsque le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain fait obstacle à l'exécution de la mise en demeure, le préfet peut lui demander de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser l'atteinte à la salubrité, à la sécurité ou la tranquillité publiques dans un délai qu'il fixe. Le fait de ne pas se conformer à l'arrêté pris en application de l'alinéa précédent est puni de 3 750 euros d'amende. II bis. - Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. () ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article ".
3. Il résulte de ces dispositions que, pour les communes qui entrent dans le champ d'application des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2020, la mise en œuvre, par le préfet, de la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue par le II de l'article 9 de cette même loi en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques, n'est subordonnée qu'à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain.
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que la commune de Neuville-sur-Oise, qui compte moins de 5 000 habitants et n'est pas inscrite au schéma départemental d'accueil des gens du voyage ni n'est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, relève des dispositions précitées de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2020. Par ailleurs, par décision du 21 décembre 2021, le président de la communauté d'agglomération de Cergy-Pontoise, qui a reçu compétence en matière de réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage et au nombre desquelles compte la commune de Neuville-sur-Oise, a renoncé au transfert à son bénéfice du pouvoir de police spéciale en matière d'accueil et de passage des gens du voyage. Ainsi, le préfet du Val-d'Oise, saisi d'une demande en ce sens par le maire de la commune de Neuville-sur-Oise pouvait légalement fonder son arrêté sur les dispositions de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit entachant l'arrêté litigieux au motif qu'il relèverait de l'article 9 de cette même loi doit être écarté.
5. En deuxième lieu, si le terrain sur lequel les requérants se sont installés appartient à l'université CY Cergy Paris Université, il est constant qu'il se situe dans le ressort de la commune de Neuville-sur-Oise. Par suite, le préfet du Val-d'Oise a légalement pu prendre, sur le fondement des dispositions de l'article 9-1 de la loi du 5 juillet 2000, l'arrêté de mise en demeure de quitter les lieux en litige sur demande du maire de Neuville-sur-Oise. Le moyen tiré de ce que la procédure suivie serait à cet égard irrégulière ne peut donc qu'être écarté.
6. En troisième lieu, et pour le même motif que celui exposé au point 4, les requérants ne peuvent utilement soutenir que le maire de la commune de Neuville-sur-Oise n'aurait pas pris un arrêté d'interdiction du stationnement méconnaissant ainsi l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000.
7. En quatrième lieu, si Mme E et M. D soutiennent que l'arrêté attaqué est entaché d'erreur de qualification juridique des faits en l'absence de danger de leur campement pour la salubrité ou pour la sécurité, il ressort des pièces du dossier, notamment du rapport établi le 19 septembre 2024 par les services de la police nationale de la circonscription de Cergy et du procès-verbal de constat d'huissier établi le même jour, ainsi que des photographies qui y sont annexées, que quatre à cinq caravanes stationnent depuis le 18 septembre 2024, sur le parking d'un des sites de l'université CY Cergy Paris Université dans la commune de Neuville-sur-Oise, avec des équipements de fortune, notamment des branchements électriques sauvages montrant des signes de danger important, un raccordement à l'eau sur une borne incendie et en l'absence d'installations sanitaires. Ces installations ne présentent aucune garantie de sécurité et de salubrité. De plus, il ressort des pièces du dossier que cette occupation illégale entrave la bonne tenue des travaux préparatoires d'un chantier de construction pour l'université. Dans ces conditions, et en dépit de la circonstance présentée à l'audience que les requérants ne seraient pas entrés par effraction sur le terrain litigieux et veilleraient à la salubrité des lieux en ne jetant pas de déchets et en nettoyant le parking, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché son arrêté d'une erreur de qualification juridique des faits ni d'une erreur d'appréciation.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, la mise en demeure de quitter les lieux " est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ". En ordonnant aux occupants de quitter les lieux dans un délai de 48 heures, délai qui n'est pas inférieur au délai prévu par la loi, le préfet du Val-d'Oise n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense par le préfet du Val-d'Oise, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E et M. D doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme E et M. D demandent au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par l'État sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme E et M. D est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par le préfet du Val-d'Oise sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B E et M. A D et au préfet du Val-d'Oise.
Copie en sera adressée à la commune de Neuville-sur-Oise.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
A. Richard
La greffière,
signé
M. Soulier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.