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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2413935

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413935

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2413935
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSUDRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 septembre 2024, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, première vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 octobre 2024 :

- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;

- les observations de Me Sudre, avocate désignée d'office, représentant M. A qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête et soulève, en outre, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 5 et 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant pakistanais né le 26 juin 2005, est entré irrégulièrement en France en 2019. Il a déposé une demande d'asile le 29 août 2024. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient été relevées par les autorités allemandes. Une demande de prise en charge a été adressée le 4 septembre 2024 aux autorités allemandes, lesquelles l'ont acceptée implicitement le 9 septembre 2024. Par un arrêté du 26 septembre 2024, dont

M. A demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné le transfert de l'intéressé aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () /4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé. ".

3. S'il ne résulte ni des dispositions précitées ni d'aucun principe que devrait figurer sur le compte-rendu de l'entretien individuel la mention de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien, il appartient à l'autorité administrative, en cas de contestation sur ce point, d'établir par tous moyens que l'entretien a bien, en application des dispositions précitées de l'article 5.5 du règlement du

26 juin 2013, été mené par une personne qualifiée en vertu du droit national.

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment du compte-rendu de cet entretien que M. A a bénéficié d'un entretien individuel, le 29 août 2024, en langue ourdou, langue que l'intéressé a déclaré comprendre, par le biais d'un interprète du service AFTCOM. Cet entretien a été réalisé dans les locaux de la préfecture des Hauts-de-Seine. M. A a ainsi eu la possibilité de faire part de toute information pertinente relative à sa situation. Il ressort des pièces du dossier et notamment des mentions du résumé de l'entretien qui comporte les initiales de l'agent ayant réalisé cet entretien et de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 13 mars 2024, portant habilitation des agents chargés de mener les entretiens prévus à l'article 5 du règlement du 26 juin 2023, que M. A a été reçu par un agent du bureau de l'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, dûment habilité à conduire un tel entretien. Dès lors, l'entretien a été mené par une personne qualifiée au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet des dispositions précitées de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité (). ". De plus, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. A soutient être entré mineur en France en 2019, qu'il y poursuit actuellement des études, et ne dispose d'aucune attache en Allemagne. Cependant l'intéressé ne fait état d'aucune attache privée et familiale ancienne et stable en France. De plus, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il se trouverait dans une situation de vulnérabilité telle qu'elle justifierait que sa demande d'asile soit examinée en France. Ainsi, en ordonnant son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, le préfet des

Hauts-de-Seine n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation et n'a pas méconnu les dispositions et stipulations précitées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A ne peut qu'être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Grenier

La greffière

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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