vendredi 15 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413979 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SUDRE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2418181 du 25 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. B C, enregistrée le 3 juillet 2024 au greffe de ce tribunal.
Par cette requête, enregistrée le 26 septembre 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. C demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er juillet 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
3°) de mettre une somme à la charge de l'État dont il appartiendra au tribunal de fixer le montant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués sont insuffisamment motivés ;
- ils sont entachés d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- il a droit de se maintenir sur le territoire français, dès lors qu'il est susceptible d'être regardé comme un réfugié ;
- les arrêtés attaqués méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- ils sont entachés d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 novembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, première vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 6 novembre 2024 :
- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;
- les observations de Me Sudre, avocate désignée d'office, représentant M. C, assisté de M. A, interprète, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête et soulève, en outre, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, le moyen tiré de l'erreur de droit dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français ne lui ayant pas été notifiée, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français se trouve privée de base légale, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée cette décision, dès lors qu'il fait état de circonstances humanitaires. Le préfet du Val-d'Oise ne prouve pas que l'OQTF lui a été régulièrement notifiée. L'IRTF ne peut ainsi être exécutoire en l'absence d'OQTF régulièrement notifiée. Il demande, en outre, que soit mise à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant pakistanais né le 5 décembre 1992, est entré en France le 26 juillet 2022. Il a déposé une demande d'asile le 1er août 2022 qui a été rejetée par une décision du 22 juin 2023 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 29 décembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Par un arrêté du 15 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 1er juillet 2024, le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an. Par la présente requête, M. C demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui le fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation de M. C doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci (). ".
5. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par M. C a été définitivement rejetée par un arrêt du 29 décembre 2023 de la Cour nationale du droit d'asile, notifié à l'intéressé le 5 janvier 2024. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'il a la qualité de réfugié et, en conséquence, un droit au séjour sur le territoire français.
6. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit, la demande d'admission de M. C au titre de l'asile a été définitivement rejetée. Celui-ci ne fait état d'aucun lien particulièrement ancien, intense et stable en France. Il ressort des pièces du dossier que son épouse et ses enfants résident dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entaché l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. C ne peut qu'être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
8. M. C ne fait état d'aucun élément suffisamment probant de nature à établir qu'il encourt un risque pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, alors, d'ailleurs, qu'ainsi qu'il a été dit, sa demande d'admission au titre de l'asile a été définitivement rejetée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial, le préfet de police a donné délégation à
Mme E D, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
10. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise les circonstances de droit et de fait qui le fonde et rappelle en particulier la situation privée et familiale de M. C et son arrivée récente en France. Il mentionne également qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement prise à son encontre le 15 avril 2024. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.
11. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de la décision attaquée, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé, avant son édiction, à l'examen particulier de la situation personnelle de M. C, qui, ainsi qu'il a été dit au point 5, ne peut se prévaloir du statut de réfugié.
12. En quatrième lieu, M. C ne saurait utilement soutenir que l'arrêté portant interdiction de retour est dépourvu de base légale, faute pour l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français de lui avoir été notifié, alors que cette circonstance fait seulement obstacle à ce que les délais de recours contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination lui soient opposés. Par conséquent, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale doit être écarté.
13. En cinquième lieu, selon l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour (). ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code: " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français (). ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
14. Il résulte de ces dispositions que la durée de l'interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
15. Ainsi qu'il a été dit, M. C, qui déclare être entré en France en 2021, n'y justifie pas de liens personnels et familiaux suffisamment anciens, intenses et stables. Il ressort des pièces du dossier que son épouse et ses enfants sont restés dans son pays d'origine. Il ne fait, en outre, état d'aucune circonstance humanitaire de nature à justifier qu'aucune interdiction de retour ne soit édictée à son encontre. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la durée de douze mois de l'interdiction de retour sur le territoire français serait disproportionnée, tant dans son principe que sa durée. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
16. En dernier lieu, M. C ne saurait utilement invoquer les risques pour sa vie ou sa liberté en cas de retour dans son pays d'origine, dès lors que l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français n'a ni pour objet, ni pour effet, de l'éloigner à destination de son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, au préfet du Val d'Oise et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.
La magistrate désignée,
signé
C. Grenier
Le greffier
signé
M. F
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris et au préfet du Val-d'Oise, chacun en ce qui les concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026