Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2413980
mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2413980 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | SUDRE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2420195/12/3 du 25 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A B, enregistrée le 15 mai 2024 au greffe de ce tribunal.
Par cette requête, enregistrée le 26 septembre 2024 au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, M. A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 mai 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Grenier, première vice-présidente, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Grenier, magistrate désignée ;
- les observations de Me Sudre, avocate désignée d'office, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête, et qui soulève le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué ainsi que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cet arrêté ;
- le préfet n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. A B, ressortissant égyptien né le 28 septembre 1995, déclare être entré en France en 2021. Il a été interpellé par les services de police le 12 mai 2024 pour des faits d'enlèvement, et de violences volontaires en réunion. Par un arrêté du 14 mai 2024, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du même jour, il lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les deux arrêtés du 14 mai 2024 sont signés par Mme C D, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu d'un arrêté n° 2024-00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour. Cet arrêté, qui a un caractère réglementaire, peut ainsi être pris en compte. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués comportent l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date des arrêtés attaqués, M. B résidait sur le territoire français depuis trois ans. S'il déclare travailler dans le secteur du bâtiment, il ne l'établit pas. Il ne justifie pas davantage d'une intégration particulière au sein de la société française. En outre, le requérant, célibataire et sans enfant, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 26 ans. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a été interpellé par les services de police pour des faits d'enlèvement et de violences volontaires en réunion entrainant une incapacité de travail de moins de huit jours. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police de Paris aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels les arrêtés attaqués ont été pris. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que les arrêtés attaqués seraient entachés d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. B doit être rejetée.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La magistrate désignée,
Signé
C. Grenier
La greffière
Signé
O. El Moctar
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.