Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414102
lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2414102 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | FAKIH |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés le 27 septembre 2024 et le 15 octobre 2024 sous le numéro 2414102, M. E G, représenté par
Me Fakih, demande au tribunal, d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté du 27 septembre 2024 pris dans son ensemble :
- il est entaché d'une incompétence de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit toutes les pièces utiles au dossier du requérant.
II. Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024 sous le numéro 2414645, M. E G, représenté par Me Fakih, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pendant une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois.
Il soutient que :
S'agissant de l'arrêté du 30 septembre 2024 :
- il est méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est disproportionné ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et produit toutes les pièces utiles au dossier du requérant.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête de M. G est irrecevable pour tardiveté ;
- à titre subsidiaire, les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. d'Argenson en application des dispositions de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 octobre 2024 :
- le rapport de M. d'Argenson, magistrat désigné ;
- les observations de Me Fakih, représentant M. G, également présent et assisté de Mme D C, interprète, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et qui demande à ce que son client bénéficie de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
- le préfet n'étant ni présent, ni représenté.
M. G a produit, en note en délibéré, des pièces enregistrées le 16 octobre 2024, qui n'ont pas été communiquées.
Considérant ce qui suit :
1. M. E G, ressortissant marocain né le 15 octobre 1984, est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2010. Par un premier arrêté du 27 septembre 2024, dont M. G demande l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par un second arrêté du 30 septembre 2024, dont M. G demande également l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois et a fixé les modalités de contrôle de cette assignation à résidence.
Sur la jonction :
2. Les requêtes enregistrées sous les numéros 2414102 et 2414645 concernant le même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.
Sur la fin de non-recevoir tiré de la tardiveté de la requête n°2414645 :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. Lorsqu'elle a été notifiée après la décision d'éloignement, elle peut être contestée alors même que la légalité de la décision d'éloignement a déjà été confirmée par le juge administratif ou ne peut plus être contestée. ". Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours. "
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
5. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté du 30 septembre 2024 portant assignation à résidence, qui comportait la mention des voies et délais de recours, a été notifié au requérant par voie administrative le même jour à 14h09. Ainsi, le requérant disposait d'un délai de sept jours pour présenter sa requête au greffe du tribunal administratif, soit au plus tard jusqu'au 7 octobre 2024 à 14h09. Par suite, la requête de M. G tendant à l'annulation de cet arrêté, présentée au greffe du tribunal le 9 octobre 2024 à 17h18, est tardive. Ainsi, la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine doit être accueillie.
Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2024 :
6. En premier lieu, par arrêté n° 2024-42 du 20 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Hauts-de-Seine le 23 septembre 2024, le préfet a donné délégation à Mme B A, adjointe au chef de bureau des examens spécialisés de l'éloignement, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français ainsi que celles fixant ou non un délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination et celles portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque ainsi en fait et doit, par suite, être écarté.
7. En deuxième lieu, l'arrêté contesté comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Il est, de ce fait, suffisamment motivé. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen sérieux et particulier de la situation de M. G au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté contesté et de l'absence d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.
8. En dernier lieu, le requérant soutient qu'il est présent depuis plus de 10 ans en France et que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle. Toutefois, les pièces produites, en faible quantité, peu probantes et antérieures pour l'essentiel à l'années 2019, ne permettent pas de confirmer ses allégations relatives à la durée de son séjour. En outre, le préfet fait valoir, sans être contesté, que M. G est célibataire et sans famille à charge, et qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu de nombreuses années et où réside sa famille. Enfin l'intéressé, qui a été interpelé pour une rixe, a indiqué lui-même dans son audition être sans profession, avoir fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire en 2012 et d'une interdiction de retour en mars 2024. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 27 septembre 2024 serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
9. Il n'est pas établi que l'intéressé aurait fait une demande d'aide juridictionnelle. En tout état de cause, il a bénéficié de l'assistance d'un avocat à l'audience, ainsi que d'un interprète, alors qu'il s'est exprimé en français. Il n'y a pas lieu de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de M. G doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes susvisées de M. G sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E G et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 21 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
P.-H. d'Argenson Le greffier,
Signé
M. F La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. et 2414645