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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2414178

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414178

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSELARL LEVY AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n°2419063 du 30 septembre 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A E, enregistrée le 12 juillet 2024.

Par cette requête, M. A E, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 juillet 2024, par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, à fixer le pays duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation personnelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un défaut de base légale ;

- il méconnaît l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet de police de Paris n'a pas produit de mémoire en défense, mais des pièces, enregistrées le 2 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 :

- Le rapport de M. Beaufaÿs, président du tribunal ;

- Les observations de Me Bejaoui, substituant Me Levy, représentant M. E, non présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- Le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant tunisien né le 28 septembre 1982 est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2023. Par un arrêté du 10 juillet 2024, dont M. E demande l'annulation, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination duquel il est susceptible d'être éloigne et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 10 juillet 2024 a été signé par Mme C D, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, qui bénéficie d'une délégation à cet effet, en vertu de l'arrêté n° 2024- 00598 du 7 mai 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de police de Paris le même jour, accessible au juge comme aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il résulte de l'examen de l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, que l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte qu'il est suffisamment motivé. En outre, l'arrêté attaqué mentionne l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par suite, le moyen tiré d'une insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle de l'intéressé avant de prendre l'arrêté contesté.

5. En quatrième lieu, alors même que M. E établit détenir un passeport, il n'est pas contesté qu'il n'est pas entré régulièrement en France. Il résulte de l'instruction que s'il s'était fondé sur le seul motif tiré de son entrée irrégulière en France, sans retenir la circonstance qu'il était dépourvu de tout document de voyage, le préfet de police de Paris aurait pris la même décision d'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen de défaut de base légale ne peut qu'être écarté.

6. En cinquième lieu, Aux termes de l'article 3 de l'accord franco-tunisien : " Les ressortissants tunisiens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après contrôle médical et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié ". Aux termes de l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux États sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ". La délivrance à un ressortissant tunisien du titre de séjour portant la mention " salarié " prévu à l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 est notamment subordonnée, en vertu de l'article 11 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré de manière irrégulière sur le territoire français et qu'il n'a pas cherché à régulariser sa situation en France depuis son entrée. Dès lors, l'intéressé ne peut se prévaloir des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. En l'espèce, M. E fait valoir qu'il exerce une activité professionnelle pour le compte de la " SARL VENUS " en qualité de directeur du magasin depuis le 27 juin 2023. Il soutient également avoir des attaches familiales en France, dès lors que sa fratrie résiderait sur le territoire depuis plusieurs années, de manière régulière. Toutefois, si l'intéressé se prévaut de liens privés et familiaux en France, il ne verse aucune pièce de nature à établir la présence de sa fratrie sur le territoire. En outre, l'intéressé ne justifie pas, par la production d'une seule fiche de paie, d'une intégration sociale et professionnelle d'une intensité telle qu'elle ferait obstacle à son éloignement. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. E a été interpellé le 9 juillet 2024, par les services de police, pour des faits de blanchiment et vente illicite de protoxyde d'azote, qui ne sont pas contestés par l'intéressé. Dans ces conditions, le préfet de police de Paris n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale eu égard au but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales peut être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile aux termes duquel : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () /2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

11. Il ressort des termes de l'arrêté et de ce qui a été dit au point 9 du présent jugement que le comportement de M. E constitue une menace à l'ordre public. Par ailleurs, il est constant que M. E est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans solliciter de titre de séjour. Dans ces conditions, le préfet, qui a sur ce point suffisamment motivé sa décision, pouvait refuser d'octroyer à M. E un délai de départ volontaire pour ce seul motif. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. /Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Le premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français (). ".

13. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code précité. A cet égard, si, après prise en compte de chacun de ces quatre critères, le préfet ne retient pas certains éléments correspondant à l'un ou certains d'entre eux au nombre des motifs de sa décision, il n'est pas tenu, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

14. En l'espèce, d'une part, le préfet a refusé d'octroyer à M. E un délai de départ volontaire et ce dernier se trouve donc dans le cas où, en application de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, il fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un maximum de cinq ans. A cet égard, le requérant ne justifie d'aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d'une telle interdiction. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la durée et aux conditions du séjour de M. B sur le territoire français, qu'en fixant à deux ans la durée de cette interdiction le préfet aurait fait une inexacte application de l'ensemble des critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 31 octobre 2024.

Le président du tribunal,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. F La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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