Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414195

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet de police de Paris avait prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans à l'encontre de M. A, ressortissant ivoirien. La décision est annulée pour vice d'incompétence territoriale, le préfet n'ayant pas démontré que l'intéressé résidait à Paris ou que l'irrégularité de sa situation y avait été constatée, en méconnaissance de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal admet provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 1er et 16 octobre 2024, M. B A, représenté par Me D, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2024 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verse à Me D, son conseil, en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- est entaché d'une erreur de fait ;

- méconnaît les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de police de paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, président du tribunal ;

- et les observations de Me Djemaoun, substituant Me D, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens et soutient que le préfet de police de Paris n'était pas territorialement compétent pour prendre la décision litigieuse et que celle-ci est entachée de l'exception d'illégalité de la décision implicite portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet de police de Paris n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 12 octobre 1999, déclare être entré sur le territoire français en 2018. Par un premier arrêté du 30 mars 2023, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné. Par un second arrêté du 24 septembre 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de police de Paris lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Eu égard aux délais dans lesquels le tribunal doit statuer, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

5. Le préfet territorialement compétent pour édicter la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est celui qui constate l'irrégularité de la situation au regard du séjour de l'étranger concerné. Tel est, en toute hypothèse, le cas du préfet du département où se trouve le lieu de résidence ou de domiciliation de l'étranger. En outre, si l'irrégularité de sa situation a été constatée dans un autre département, le préfet de ce département est également compétent.

6. Le requérant soutient que le préfet de police de Paris ne justifie pas de sa compétence territoriale pour édicter l'arrêté attaqué. Or, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le requérant réside ou soit domicilié à Paris ou que l'irrégularité de sa situation a été constatée dans ce département, le préfet se bornant en défense à invoquer la circonstance qu'" en septembre 2024, il a été interpellé ". Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police de Paris était compétent pour édicter l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence entachant la légalité de l'arrêté attaqué doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 septembre 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions à fin d'injonction sous astreinte de M. A.

Sur les frais du litige :

9. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Dès lors, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser au conseil de M. A, Me D, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de police de Paris du 24 septembre 2024 est annulé.

Article 3 : L'État versera à Me D la somme de 1 000 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à M D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 31 octobre 2024.

Le président du tribunal,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. C La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.