Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414197

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise avait refusé le renouvellement du titre de séjour de M. A, ressortissant ivoirien. Le juge a estimé que la condition d'urgence était présumée remplie et que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la menace pour l'ordre public, fondé sur des condamnations anciennes (dernière en 2015), était propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er et 13 octobre 2024 respectivement, M. B A représenté par Me Haik demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, dans le même délai et sous la même astreinte, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail dans l'attente du jugement au fond ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie dès lors que le requérant se retrouve en situation irrégulière en l'absence de renouvellement de son titre de séjour, qu'il est à charge de famille et risque de perdre son emploi ;

- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la menace pour l'ordre public ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2024, le préfet du Val d'Oise conclut au rejet de la requête et soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté attaqué.

Vu

- la requête n°2409308 enregistrée le 26 juin 2024 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 14 octobre 2024 à 10 heures en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observation de Me Bâton, substituant Me Haik, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Le préfet du Val d'Oise n'est ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant Ivoirien, est entré en France en 1998. Depuis 2001, il a obtenu des titres de séjours régulièrement renouvelés, en dernier lieu, il a été mis en possession d'une carte de résident valable du 12 mai 2013 au 11 mai 2023. Il a sollicité le renouvellement de sa carte de résident le 12 mai 2023. Le préfet du Val d'Oise par un arrêté pris le 21 juin 2024, a refusé le renouvellement de sa carte de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de 3 ans. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision par laquelle a refusé le renouvellement du titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins de suspension de l'exécution de la décision attaquée :

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. "

3. Précision étant faite que, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, la situation d'urgence doit être regardée présumée en l'absence de tout élément contraire produit en défense par le préfet, il résulte de l'instruction que, pour caractériser la trouble grave à l'ordre public, le préfet se fonde sur l'existence de multiples condamnations au cours des années 2001 à 2015. Eu égard à l'ancienneté des condamnations prononcées, dont la dernière remonte au 26 juin 2015, date à laquelle le tribunal correctionnel de Paris a condamné l'intéressé à une peine d e8 mois d'emprisonnement pour escroquerie réalisée en bande organisée, et alors qu'il n'est pas même allégué que l'intéressé serait rendu coupable d'autres délits susceptibles de donner lieu à poursuites et à condamnations pénales, le moyen tiré de ce que le renouvellement de titre de séjour opposé à M. A serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée. Il suit de là qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

4. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. () ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé ".

5. Eu égard à ce qui a été dit au point 3, il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de l'arrêté du 21 juin 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté la demande de titre de séjour de M. A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de remettre une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail à M. A et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois.

Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet du Val d'Oise.

Fait à Cergy, le 14 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.