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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2414211

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414211

mardi 13 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème Chambre
Avocat requérantKOHEN

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme D... qui demandait l’annulation pour excès de pouvoir d’un permis de construire délivré par le préfet des Hauts-de-Seine pour un ensemble immobilier à Saint-Cloud. La requérante invoquait notamment l’incompétence du signataire, l’imprécision du dossier de demande, et la méconnaissance de plusieurs articles du règlement du plan local d’urbanisme (PLU). Le tribunal a écarté l’ensemble des moyens, jugeant notamment que le moyen tiré de l’incompatibilité du PLU avec le schéma directeur de la région Île-de-France était inopérant. La solution retenue est le rejet de la requête, sans application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l’urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 25 septembre 2024 et les 8 septembre et 6 octobre 2025, Mme E... D..., représentée par la SELARL Hms avocats, demande au tribunal :

1°) d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 19 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a délivré à la SAS Legendre Immobilier un permis de construire pour la construction d'un ensemble immobilier de 66 logements collectifs dont 20 logements sociaux, de commerces à rez-de-chaussée et de deux niveaux de parking en sous-sol sur un terrain situé 32-44 rue Pasteur, 4 rue I..., à Saint-Cloud, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de de l’État la somme de 5 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’incompétence, le préfet des Hauts-de-Seine, ne justifiant pas, d’une part, de l’existence d’un procès-verbal de carence, et d’autre part d’une délégation de signature au profit du signataire de l’arrêté attaqué ;


- le dossier de demande de permis de construire est imprécis et incohérent ; le plan de masse paysager se borne à faire état d’une emprise au sol de 1 514 m2, ce dont il est permis de douter ; il méconnait ainsi l’article R. 431-10 du code de l’urbanisme ; au regard des plans, le projet déborde sur parcelles 635-636 et les parcelles 567-568 qui ne font pas l’objet de séparation sur le plan de zonage ; or la parcelle 567 n’a pas été indiquée comme une parcelle assiette du projet ; dans ces conditions, l’autorité n’a pas été en mesure d’instruire la demande d’autorisation d’urbanisme ; le projet de déclassement par le département de la parcelle 568 révèle une autre imprécision du dossier ; en effet, un permis de construire ne peut être légalement accordé qu’en cas d’accord du gestionnaire du domaine public ; or, le dossier de permis de construire ne comporte aucune trace d’un tel accord ; par ailleurs, il n’est pas précisé au dossier que les arbres photographiés dont il est prévu l’abattage, à savoir un marronnier, un étable et un ptérocaryer du Japon, sont protégés ; enfin, le dossier ne permet pas d'apprécier le nombre de places de stationnement nécessaires, en application des dispositions de l'article UC 12 du règlement du plan local d'urbanisme ; en effet, si le pétitionnaire indique que trois logements seront d’une superficie supérieure à 100 m2, le nombre exact demeure toutefois inconnu ;
- le plan local d'urbanisme est incompatible avec l’orientation d’aménagement et programmation (OAP) du secteur I... ; en effet, la parcelle 567 est incluse par le projet de construction alors que cette parcelle abrite un espace un espace vert à protéger au titre de cette OAP ;
- le plan local d'urbanisme, notamment en ce qu’il comporte l’OAP du secteur I... portant un objectif de réalisation de 50 à 100 logements, est incompatible avec le schéma directeur de la région Ile-de-France (SDRIF) lequel fixe au terme à son fascicule 2 un objectif de préservation des espaces verts ;
- le permis de construire méconnait l’article UC 7 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune dès relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparative lors que, d’une part, alors que la largeur de la parcelle est supérieure à 30 mètres, le projet prévoit une implantation en limite séparative, en limite Nord-Ouest ; le projet de construction ne s’insère pas dans l’héberge de la construction existante ; cette construction est de dimension inférieure au projet ; d’autre part, les façades donnant sur les limite Est et Nord dépassent les distances d’implantation prévues en cas de retrait ;
- il méconnait l’article UC 9 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud relatif à l’emprise au sol ; en effet, si le projet indique une emprise au sol de 1514 m2 pour un maximum de 1519,20 m2, la soustraction de la superficie de la parcelle aux espaces verts créés et aux emplacements réservés aux commerces, l’emprise au sol projetée s’établit à 1794 m2, soit une emprise au sol supérieure au seuil maximal de 40% de la surface ; de la même manière, la rampe d’accès extérieure au parking souterrain n’est pas matérialisée comme une emprise au sol alors qu’elle en constitue une ;
- il méconnait l’article UC 12 du règlement du plan local d’urbanisme relatif aux emplacements de stationnement ; à considérer le nombre d’emplacement nécessaire à 88, le projet n’en prévoit que 83 ; le pétitionnaire ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 151-31du code de l'urbanisme afin de réduire le nombre de places imposés par le plan local d'urbanisme en l’absence de cadre réglementaire précis et de tout élément permettant d’attester de la mise à disposition de deux véhicules électriques.


Par un mémoire en défense, enregistrés le 3 juillet 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- le moyen tiré d’une incompatibilité du plan local d'urbanisme avec le schéma directeur de la région Ile-de-France est inopérant et en tout état de cause non fondé ;
- les autres moyens soulevés par Mme D... ne sont pas fondés.


Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2025, la SAS Legendre Immobilier, représenté par Me Kohen, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à ce qu’il soit fait application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l’urbanisme et, en tout état de cause, à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de Mme D... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que les moyens soulevés par Mme D... ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Jacquinot, rapporteur,
- les conclusions de Mme Chaufaux, rapporteure publique,
- les observations de Me Belanger, représentant Mme D...,
- les observations de Me Sainsard, représentant la SAS Legendre Immobilier.


Une note en délibéré, produite par la SELARL Hms avocats pour Mme D..., a été enregistrée le 18 décembre 2025.




Considérant ce qui suit :

La SAS Legendre Immobilier a déposé le 3 août 2023, et complété le 24 novembre 2023, une demande de permis de construire pour la construction d'un ensemble immobilier de 66 logements collectifs dont 20 logements sociaux, de commerces à rez-de-chaussée et de deux niveaux de parking en sous-sol sur un terrain situé 32-44 rue Pasteur, 4 rue I..., à Saint-Cloud. Par un arrêté du 19 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a délivré le permis de construire sollicité. Mme D... a formé un recours gracieux contre cet arrêté le 17 juin 2024, demeuré sans réponse. Mme D... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux.




Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la compétence de l’auteur de l’acte :

D’une part, par un arrêté du 21 décembre 2023 produit à l’instance, le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé la carence définie par l’article L. 302-9-1 du code de la construction et de l'habitation pour la commune de Saint-Cloud au titre de la période triennale 2020-2022, cette commune n’ayant pas atteint l’objectif global de réalisation de logements sociaux sur cette période. L’article 6 de cet arrêté confère au préfet des Hauts-de-Seine, pendant sa durée d’application, la compétence pour délivrer les autorisations d’utilisation et d’occupation du sol nécessaires aux opérations créant un ou plusieurs logements et situées notamment en zone UC du PLU. A la date de délivrance de l’arrêté attaqué, le préfet était donc compétent pour délivrer le permis de construire en litige

D’autre part, l’arrêté contesté a été signé par Mme F... C..., directrice adjointe de l’unité départementale des Hauts-de-Seine, qui disposait d’une subdélégation de signature consentie par Mme G... A..., directrice régionale et interdépartementale de l’environnement, de l’aménagement et des transports d’Ile-de-France, par un arrêté du 8 novembre 2023, régulièrement publié le 9 novembre 2023. L’arrêté portant délégation de signature à Mme G... A..., accessible tant au juge qu’aux parties, spécifie dans son article 1er, à sa rubrique D.2.2, que délégation lui est donnée s’agissant de permis de construire.

Par suite, le moyen tiré de ce que l’arrêté attaqué serait entaché d’un vice d’incompétence doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne le dossier de demande de permis de construire :

La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l’ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l’urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n’est susceptible d’entacher d’illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l’appréciation portée par l’autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

Aux termes de l’article R*431-7 du code de l’urbanisme : « Sont joints à la demande de permis de construire : (…) b) Le projet architectural défini par l'article L. 431-2 et comprenant les pièces mentionnées aux articles R. 431-8 à R. 431-12. ». L’article R*431-10 du même code dispose que : « Le projet architectural comprend également : (…) / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; (…) » Aux termes de l’article R. 431-13 du code de l’urbanisme : « Lorsque le projet de construction porte sur une dépendance du domaine public, le dossier joint à la demande de permis de construire comporte une pièce exprimant l'accord du gestionnaire du domaine pour engager la procédure d'autorisation d'occupation temporaire du domaine public ».

Il ressort des pièces du dossier que le permis de construire comporte une pièce dédiée au calcul de l’emprise au sol, dont la présence ne revêtait au demeurant pas un caractère obligatoire, et détaillant le calcul effectué par l’architecte en charge du projet. En se bornant à faire valoir que la lecture du plan de masse paysager permet de doute de ce calcul, il ne peut cependant être considéré que la requérante établit l’imprécision de cette information. En outre, le dossier de permis de construire comporte à la fois un plan cadastral et un plan de masse faisant apparaitre les limites parcellaires du projet. Le seul fait que sur l’une des pièces du plan de masse, les parcelles extérieures au projet 567 et 636 ne soient pas indiquées et délimitées est sans incidence, de telles mentions ne présentant pas davantage un caractère obligatoire, tandis qu’aucun élément du dossier ne permet de considérer que le projet « déborderait » des parcelles cadastrales identifiées comme assiettes du projet, de telle sorte que le dossier ne comporte pas d’incohérence ou d’incomplétude sur ce point. En outre, les trois arbres abattus dans le cadre du projet sont identifiés sur un plan d’abattage et photographiés, ces éléments étant de nature suffisante afin de permettre à l’administration d’exercer son contrôle. Par ailleurs, si la requérante fait valoir que le projet ne permet pas d’appréhender le nombre d’emplacements de stationnements nécessaires dès lors que le nombre de logements d’une surface supérieure à 100 m2 n’est pas assuré, elle n’apporte aucun élément de nature à remettre en cause le caractère sincères des mentions du dossier de permis de construire attaqué, lequel précise que trois logements d’une telle superficie sont prévus, nécessitant donc trois places de parking supplémentaires, et présente des plans des différents niveaux permettant de vérifier le nombre de ces logements supérieurs à 100 m2.

Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu’à la date de l’arrêté attaqué, le requérant ne disposait d’aucune autorisation du gestionnaire du domaine public s’agissant de la parcelle 568 et n’a pas rempli les mentions relatives à cet accord. Cette omission est de nature à fausser l’appréciation portée par l’autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable

Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l’insuffisance du permis de construire ne doit être accueilli que s’agissant de sa branche relevée au point précédent de méconnaissance de l’article R. 431-13 du code de l’urbanisme.

En ce qui concerne la compatibilité du permis avec l’OAP du secteur I... :

Il résulte de ce qu’il a été dit au point 7 que le projet ne « déborde » pas sur la parcelle 567. Dans ces conditions, le moyen tiré d’une incompatibilité du permis de construire avec l’OAP du secteur I..., en tant que le projet inclut une modification de la parcelle 567 protégée par l’OAP du secteur I..., doit être écarté par voie de conséquence.

En ce qui concerne la légalité du plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud avec le SDRIF :

Aux termes de l’article L. 131-4 du code de l'urbanisme : « Les plans locaux d'urbanisme et les documents en tenant lieu ainsi que les cartes communales sont compatibles avec : / 1° Les schémas de cohérence territoriale prévus à l'article L. 141-1 ; (…) ». Aux termes de l’article L. 131-7 du même code, dans cette même rédaction : « En l'absence de schéma de cohérence territoriale, les plans locaux d'urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales sont compatibles, s'il y a lieu, avec les documents énumérés aux 1° à 10° de l'article L. 131-1 et prennent en compte les documents énumérés à l'article L. 131-2. (…) ». Aux termes de l’article L. 131-1 de ce code : « Les schémas de cohérence territoriale sont compatibles avec : (…) / 3° Le schéma directeur de la région d'Île-de-France prévu à l'article L. 123-1 ; (…) ». Il résulte de ces dispositions qu’au sein de la région d’Ile-de-France les schémas de cohérence territoriale et, en leur absence, les plans locaux d’urbanisme, les documents en tenant lieu et les cartes communales sont soumis à une obligation de compatibilité avec le schéma directeur de cette région.

Il résulte de ces dispositions que, pour apprécier la compatibilité du plan local d’urbanisme au schéma régional de développement de la région Ile-de-France, il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d’une analyse globale le conduisant à se placer à l’échelle du territoire pertinent pour prendre en compte les prescriptions du schéma directeur de la région, si le plan local d’urbanisme ne contrarie pas les objectifs et les orientations d’aménagement et de développement fixés par le schéma, compte tenu du degré de précision des orientations adoptées, sans rechercher l’adéquation du plan à chaque orientation ou objectif particulier.

Aux termes du premier fascicule du schéma directeur de la région d'Île-de-France, le deuxième fascicule est présenté comme un fascicule qui « exprime les ambitions d’aménagement et de développement durables pour la région Île-de-France. Il permet de répondre aux enjeux soulevés et trouve sa traduction dans les orientations réglementaires du SDRIF (…) ». Ce deuxième fascicule souligne notamment que « Le SDRIF prévoit donc la préservation des espaces verts existants mais aussi la création de nouveaux espaces dans les territoires carencés, afin d’atténuer les inégalités territoriales » mais aussi qu’il y a « une urgence à construire massivement, notamment des logements sociaux » dès lors que la région est « confrontée à une grave crise du logement ». Le troisième fascicule se présente quant à lui comme regroupant « l’ensemble des dispositions normatives s’imposant notamment aux SCoT, et en leur absence aux PLU ou documents d’urbanisme en tenant lieu. (…) les orientations sont déclinées autour des trois piliers « relier et structurer », « polariser et équilibrer », « préserver et valoriser ». Les orientations de ce troisième fascicule présentent des objectifs en termes de logement, indiquant en son point 2.1 que « Chaque territoire doit pourvoir à ses besoins locaux en matière de logement » mais aussi en matière environnementale, soulignant en son point 3.4 qu’il convient de « préserver les emprises dédiées aux espaces verts publics existants ».

L’orientation d’aménagement et de programmation annexée au plan local d'urbanisme de Saint-Cloud souligne que : « La volonté de la Ville est d’améliorer la qualité de vie de chacun en privilégiant un développement urbain basé sur le renouvellement de certains quartiers existants. Cette recomposition urbaine à Saint-Cloud s’opère plus particulièrement sur des secteurs sous- utilisés. Ceux-ci ont la particularité de disposer d’une offre de commerces et de services de proximité accompagnée d’équipements et qui disposeront également d’une offre améliorée en transports en commun et en circulations douces. ». Il est notamment prévu la réalisation « d’environ 50 à 100 logements sur le secteur I..., de manière à identifier et à valoriser la porte d’entrée de Ville depuis Garches ». Il est enfin indiqué que « La qualité du bâti, l’usage et le traitement des espaces libres, l’ambiance proposée, la qualité des logements et des espaces extérieurs, la performance énergétique… seront des ingrédients à intégrer dans le cadre de la conception des projets. ».

Il ressort des pièces du dossier que l’OAP de Saint-Cloud vise des territoires déjà urbanisés. S’il est vrai que le secteur dit I... comporte des habitations mais également des espaces verts, ces derniers sont d’une qualité très relative, avec seulement quelques arbres de haute tige mais surtout une haie vive vieillissante et une friche abandonnée sur laquelle poussent d’ailleurs des plantes invasives, tel que le relève l’état de la végétation existante annexée au dossier de permis de construire. Dans ces conditions, en prévoyant un projet de 50 à 100 logements sur le secteur I..., secteur ne comportant qu’une partie mineure et peu qualitative du terrain naturel de la commune, il ne peut être considéré que le plan local d’urbanisme de Saint-Cloud serait incompatible avec le schéma directeur de la région d'Île-de-France.




En ce qui concerne la conformité du permis avec les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme :

En premier lieu, aux termes de l’article UC 7 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud : « 7.1 Constructions nouvelles (…) / Pour les terrains dont la largeur est supérieure à 30 mètres, les constructions ne sont autorisées qu’en retrait des limites séparatives conformément à l’article 7.1.3. Nonobstant les règles précédentes, les constructions sur les limites sont autorisées si elles s’adossent à une construction en bon état, de dimensions égales ou supérieures existant sur le terrain voisin et qu’elles s’insèrent dans les héberges existantes. (…) / 7.1.3 Implantations en retrait (…) A) Dispositions relatives à l’implantation d’éléments de façade comportant une ou plusieurs baies d’une surface supérieure à 0,25 m², à l’exclusion des baies de type zénithal. / La distance D, comptée horizontalement, à partir de l’élément de façade jusqu’à la limite séparative lui faisant face doit être supérieure ou égale à la hauteur de cet élément de façade par rapport terrain naturel avant travaux, sans pouvoir être inférieure à 8 mètres : D H 8 m / H... relatives à l’implantation d’éléments de façade dépourvus de baies d’une surface supérieure à 0,25 m². Lorsque les baies sont accolées, la surface totale des baies est prise en compte pour le calcul de leur surface. / La distance de chaque élément des façades aveugles ou ne comportant que des jours de souffrance ou des baies d’une surface inférieure à 0,25 m², comptée horizontalement jusqu’à la limite séparative lui faisant face doit être au moins égale à la moitié de la hauteur de cet élément de façade par rapport au terrain naturel avant travaux sans pouvoir être inférieure à 4 mètres : / D H/2 4 m ». L’annexe 1 au règlement du plan local d'urbanisme définit les limites séparatives comme étant : « (…) des limites d’une propriété autres que celles situées en bordure des voies ou emprises publiques (…) ».

D’une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la notice architecturale, que si la construction objet du projet s’insère, en ce qui concerne la limite séparative au Nord-Ouest, dans l’héberge d’une maison individuelle existante située sur le terrain voisin, la construction projetée est cependant de dimensions nettement supérieures à cette construction existante. Dans ces conditions, la construction projetée ne pouvait pas s’implanter sur la limite séparative Nord-Ouest.

D’autre part, il ressort des pièces du dossier en particulier des plans de masse versés que la distance comptée à partir des façades comportant des baies d’une surface supérieure à 0,25 m² est systématiquement supérieure aux 8 mètres minimum exigés, tandis que la requérante ne démontre pas de façon précise, par les calculs qu’elle présente, qu’en prenant en compte le prospect, cette distance aurait dû être supérieure et n’aurait pas été respectée en certains points. A cet égard, si la requérante se fonde sur les plans des façades afin d’appuyer sa démonstration, force est de constater qu’elle apparait effectuer une lecture erronée de ces plans, semblant prendre en compte soit les distances avec les limites de propriétés donnant sur la voie publique, lesquelles ne constituent pas des limites séparatives, ou effectuant une lecture inadéquate des distances et mesures à prendre en compte. Dans ces conditions, la requérante ne démontre pas que la construction projetée méconnaitrait la règle de prospect définie au 7.1.3 du plan local d'urbanisme.

Dès lors, le permis de construire attaqué méconnait l’article UC 7 du règlement d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud seulement en ce qui concerne l’implantation prévue en limite Nord-Ouest, dans les héberges existantes de la construction voisine.

En deuxième lieu, aux termes de l’article UC 9 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud : « L'emprise au sol des bâtiments ne doit pas excéder 40 % de la surface du terrain. ». L’annexe 1 au règlement du plan local d'urbanisme définit l’emprise au sol comme étant : « la projection verticale du volume de la construction, tous débords et surplombs inclus tels que définis dans la circulaire du 3 février 2012 et du décret n° 2012-677 du 7 mai 2012. ».

Il ressort des pièces du dossier de permis de construire que celui-ci comporte une pièce intitulée « calcul d’emprise au sol », détaillant le calcul réalisé. Ce calcul a été réalisé en prenant la plus petite surface issue des données existantes, en raison d’une légère différence entre celle réalisée par le géomètre et celle issue des plans cadastraux. Ce calcul aboutit à une surface d’emprise au sol de 1514 m2, soit une surface inférieure au seuil de 40%, égal à 1519 m2 en prenant en compte la surface cadastre. En outre, il ressort de ce plan que la « rampe » d’accès souterrain a bien été prise en compte dans le calcul, seul n’ayant pas été pris en compte l’accès au parking souterrain ne comportant pas de pente et qui se situe en-dessous du niveau terrain. Enfin, en se bornant à soustraire à la surface cadastrale les surfaces dédiées aux espaces verts et aux commerces, la requérante ne démontre pas que le calcul réalisé par le pétitionnaire présenterait un caractère erroné, ce calcul n’étant pas représentatif de la définition de l’emprise au sol précédemment exposé. Dans ces conditions, le moyen tiré d’une méconnaissance de l’article UC 9 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud doit être écarté.

En troisième lieu, d’une part, aux termes de l’article UC 12 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud : « 12.1 Pour toute construction nouvelle, il est exigé des aires de stationnement suivant les normes minimales suivantes : / Habitat : / Construction neuve : 1 place par logement plus 1 place supplémentaire pour tous les logements d’une superficie supérieure à 100 m² de surface de plancher, plus 1 place par tranche de trois logements ; / Commerce, artisanat : surface de plancher inférieure à 200 m² : pas de règle surface de plancher cumulée sur une même opération supérieure à 200 m² : 1 place pour 100 m² surface de plancher cumulée sur une même opération supérieure à 300 m² : 1 place de livraison. (…) ».

D’autre part, aux termes de l’article L. 171-1 du code de l'urbanisme : « Les modalités d'application du présent livre sont, sauf dispositions contraires, fixées par décret en Conseil d'Etat. ». L’article L. 151-31 du code de l'urbanisme : « Lorsque le règlement impose la réalisation d'aires de stationnement pour les véhicules motorisés, cette obligation est réduite de 15 % au minimum en contrepartie de la mise à disposition de véhicules électriques munis d'un dispositif de recharge adapté ou de véhicules propres en auto-partage. ».

Les dispositions de l’article L. 151-31 du code de l’urbanisme sont dépourvues de mention de renvoi à un décret par une modification apportée par la loi d’orientation des mobilités n° 2019-1428 du 24 décembre 2019, loi dont l’exposé des motifs souligne que cette suppression a été apportée dans un souci de simplification. Cette suppression doit ainsi être regardée, dans l’esprit du législateur, comme écartant également la nécessité d’une réglementation par décret en Conseil d’tat. En l’absence de disposition réglementaire spéciale du plan local d'urbanisme de Saint-Cloud, il appartient à l’autorité réglementaire, dans l’exercice de son pouvoir de contrôle, d’apprécier si le nombre de véhicules en auto-partage prévu par le projet est adapté afin de permettre une réduction de 15%, au moins, de l’obligation de réalisation de stationnement.

Il ressort des pièces du dossier que la notice architecturale prévoit la mise à disposition de deux véhicules électriques en auto-partage et d’un dispositif de recharge adapté, cette mention comportant un caractère suffisant, étant observé que le plan des sous-sols précise l’existence d’un pré-équipement pour un raccordement au réseau électrique. Ces deux véhicules partagés présentent un caractère suffisant afin de permettre au pétitionnaire de réduire de 15 % son obligation de réalisation de places de stationnement. La requérante ne conteste pas qu’en cas d’application de cette réduction, le projet est conforme à l’article UC 12 du règlement du plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud. Dans ces conditions, le moyen tiré d’une méconnaissance de cet article doit être écarté.

Sur les conséquences de l’illégalité de l’arrêté du 19 avril 2024 :

Aux termes de l’article L. 600-5 du code de l'urbanisme : « Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. ».

Un vice entachant le bien-fondé de l'autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

Les vice relevés aux point 19 sont susceptibles d’être régularisé sans que cela implique d’apporter au projet en cause un bouleversement tel qu’il en changerait la nature même. Il y a lieu, dans ces conditions, d’annuler l’arrêté du 19 avril 2024 en tant seulement que cet arrêté méconnait l’article R. 431-13 du code de l’urbanisme et les dispositions de l’article UC 7.1 du règlement plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud.

Sur les frais de l’instance :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Mme D..., qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SAS Legendre Immobilier demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l’espèce, les conclusions présentées par la requérante sur le fondement de cet article doivent être écartées.




D E C I D E :



Article 1er : L’arrêté du 19 avril 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé en tant qu’il méconnait l’article R. 431-13 du code de l’urbanisme et l’article UC 7.1 1. du règlement plan local d’urbanisme de la commune de Saint-Cloud.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la SAS Legendre Immobilier présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.



Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D..., au préfet des Hauts-de-Seine et à la SAS Legendre Immobilier.




Délibéré après l'audience du 9 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Bertoncini, président,
Mme Cuisinier-Heissler, première conseillère,
M. Jacquinot, conseiller,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.





Le rapporteur,
Signé
M. Jacquinot

Le président,
Signé
T. Bertoncini

La greffière,


Signé


M. B...


La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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