Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414327

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantPOTIER

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A G, ressortissant algérien, qui demandait l'annulation de l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 17 septembre 2024 l'assignant à résidence pour 45 jours renouvelables. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, jugeant que l'arrêté était signé par une autorité compétente, suffisamment motivé, et qu'il ne méconnaissait ni les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi n° 2425579/8 du 3 octobre 2024 la magistrate désignée du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête de M. A G, enregistrée le 24 septembre 2024.

Par cette requête, enregistré le 3 octobre 2024, M. A G, représenté par Me Potier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux-fois, et l'a obligé à se présenter tous les samedis entre 9 heures et 11 heures au commissariat de police de Sarcelles ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Potier, son conseil, en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article R. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Beaufaÿs, président du tribunal, a été entendu au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G, ressortissant algérien né le 6 novembre 1982, a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an le 17 septembre 2024 par le préfet du Val-d'Oise. Par un deuxième arrêté pris le même jour, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois, et l'a obligé à se présenter tous les samedis entre 9 heures et 11 heures au commissariat de police de Sarcelles. Par la présente requête, M. G demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 12 août 2024 a été signé par Mme F C, cheffe de la section éloignement, qui disposait d'une délégation de signature aux fins de signer les décisions attaquées, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D B, directeur des migrations et de l'intégration, consentie par un arrêté n° 24-054 du 12 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la signature des décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions contestées comportent l'énoncé suffisamment précis des circonstances de droit et de fait qui les fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire () n'a pas été accordé ; (). ".

5. Pour demander l'annulation de la décision litigieuse, M. G soutient qu'elle méconnaît les dispositions précitées en ce que l'éloignement vers l'Algérie n'est pas actuellement une perspective raisonnable dès lors que toutes les demandes effectuées depuis le mois d'avril 2024 auprès des autorités consulaires de ce pays afin d'obtenir un laisser-passer resteraient infructueuses. Toutefois, il n'est pas contesté que l'intéressé possède la nationalité algérienne et qu'il n'est arrivé régulièrement en France qu'en avril 2024 sous couvert d'un passeport Algérien revêtu d'un visa et en cours de validité qui lui permet de se conformer à tout moment à la mesure d'éloignement dont il est l'objet. Par suite le moyen ne peut qu'être écarté comme étant infondé.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. "

7. M. G doit être regardé comme soutenant que l'arrêté méconnaît les dispositions susmentionnées dès lors qu'il résiderait avec sa famille au 20 rue Santerre à Paris. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment celles produites par le requérant, que l'attestation du Centre d'action sociale protestant du 13 juin 2024 constitue une attestation d'élection de domicile pour l'établissement d'une adresse postale au 20 rue Santerre à Paris et non d'une preuve d'un hébergement de la famille de l'intéressé, laquelle au surplus a justifié d'adresses différentes en 2023 et 2024. Ainsi, le requérant n'établit pas qu'il occuperait un hébergement habituel ou, à tout le moins, à titre suffisamment pérenne à la date de la décision attaquée à Paris. Par conséquent M. G n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté méconnaîtrait l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. G soutient que la décision litigieuse méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce que sa famille est installée en France depuis deux ans et réside à Paris, qu'ainsi son assignation à résidence dans le Val-d'Oise l'empêcherait d'avoir des contacts avec elle. Toutefois, eu égard à sa durée limitée de 45 jours, renouvelables une fois, et à son objet qui consiste seulement à empêcher M. G de sortir du Val-d'Oise, l'assignation à résidence litigieuse n'empêche le requérant ni de vivre avec ses enfants ni de les recevoir dans le Val-d'Oise. Enfin, si ses enfants sont scolarisés ou suivis par une Mission Locale à Paris, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'ils seraient séparés de leurs deux parents ni que cette circonstance constituerait un obstacle disproportionné au but en vue duquel la mesure d'assignation à résidence contestée a été prise. Par suite, ce dernier moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. G doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 31 octobre 2024.

Le président du tribunal,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. E

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.