Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414339

vendredi 18 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLEGIPASS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision du 25 septembre 2024 par laquelle la ministre du travail avait autorisé le licenciement de M. A, salarié protégé. Le juge a estimé que la requête était irrecevable, la décision administrative d'autorisation ayant été entièrement exécutée dès l'envoi de la lettre de licenciement le 2 octobre 2024, soit avant la saisine du juge des référés. En conséquence, les conclusions à fin de suspension et celles relatives aux frais d'instance ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Rabbé, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision du 25 septembre 2024 par laquelle la ministre du travail et de l'emploi a autorisé son licenciement ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la situation d'urgence est remplie dès lors que la décision attaquée l'expose à perdre son emploi et à être privé des rémunérations correspondantes ; en outre, en sa qualité de seul représentant syndical, son licenciement aurait pour effet de priver ses collègues de l'assistance et de la représentation dont ils bénéficient au quotidien pour faire valoir leurs droits ;

- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un vice de compétence ;

* elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits qui lui sont reprochés, ainsi qu'une erreur quant à leur matérialité ;

* elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la gravité de la sanction prononcée ;

* elle n'est pas dépourvue de tout lien avec l'exercice de ses fonctions syndicales.

Par des mémoires en défense enregistrés le 14 et le 15 octobre 2024, l'association Athlétic Club de Boulogne-Billancourt (ACBB), représentée par Me Wetzel, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable comme dépourvue d'objet dès lors que la lettre de licenciement a été notifiée au requérant le 2 octobre 2024 et était donc entièrement exécutée à la date de la requête ;

- l'urgence n'est pas établie ;

- aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2024, la ministre du travail et de l'emploi conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable car dépourvue d'objet, la lettre de licenciement ayant été notifiée au requérant le 2 octobre 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2414557, enregistrée le 3 octobre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 17 octobre 2024 à 14 heures 30.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Bouayyadi, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Richard, juge des référés ;

- les observations de Me Rabbé, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et soutient que la requête est recevable ;

- et les observations de Me Gonzalez, substituant Me Wetzel, pour l'association ACBB.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Ces dispositions ne permettent au justiciable de demander la suspension d'une décision administrative qu'à la condition qu'une telle décision soit encore susceptible d'exécution.

2. La rupture du contrat de travail prend effet à compter de l'envoi du courrier recommandé avec accusé de réception notifiant cette rupture au salarié. Par suite, la décision administrative qui autorise le licenciement d'un salarié protégé doit être regardée comme entièrement exécutée à compter de cet envoi.

3. A la suite de la décision de la ministre du travail du 25 septembre 2024 annulant la décision de l'inspecteur du travail en date du 29 janvier 2024 et autorisant l'association ACBB à licencier M. A, cette dernière a envoyé le 2 octobre 2024 à l'intéressé une lettre recommandée avec accusé de réception lui notifiant son licenciement, mettant ainsi fin au contrat de travail à compter de cette date. Ainsi, la décision du 25 septembre 2024 autorisant le licenciement de M. A a été entièrement exécutée à la date à laquelle le juge des référés a été saisi de conclusions tendant à ce que soit ordonnée la suspension de son exécution. Par suite, la ministre du travail et de l'emploi et l'association ACBB sont fondées à soutenir que les conclusions de la requête visées ci-dessus tendant, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à la suspension de l'exécution de cette décision sont irrecevables et doivent, pour ce motif, être rejetées. Par voie de conséquence les conclusions de la requête liées aux frais d'instance doivent également être rejetées.

4. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. A la somme demandée par l'association ACBB au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par l'association Athlétic Club de Boulogne-Billancourt (ACBB) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à la ministre du travail et de l'emploi, et à l'association Athlétic Club de Boulogne-Billancourt (ACBB).

Fait à Cergy, le 18 octobre 2024.

La juge des référés,

Signé

A. Richard

La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.