Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414341
jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2414341 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 11 octobre 2024, Mme A C épouse B, représentée par Me Dandaleix, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité de " membre de famille d'un citoyen européen " ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, ou au préfet territorialement compétent de la convoquer afin de lui renouveler son titre de séjour avant l'audience de référé, ou dans un délai de 7 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une attestation de prolongation de ses droits entre la date d'expiration de son titre de résidente et sa nouvelle autorisation provisoire d'instruction pour lui permettre de retrouver ses droits rétroactivement ;
3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'informer la juridiction de céans de la bonne exécution de l'ordonnance à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de son droit au séjour, qu'elle se trouve désormais en situation irrégulière, qu'elle a été contrainte de mettre fin à son activité professionnelle en raison de son impossibilité de fournir un titre de séjour en cours de validité, qu'elle a perdu le bénéfice de ses allocations chômage.
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision :
* est entachée d'illégalité tirée d'un défaut de motivation ;
* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
* est entachée d'irrégularité en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
* a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au non-lieu à statuer suite à la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction remise à la requérante et valable jusqu'au 6 janvier 2025.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2414005, enregistrée le 27 septembre 2024, par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 16 octobre 2024 à 11 heures.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme El Moctar, greffière d'audience :
- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;
- les observations de Me Dandaleix, représentant Mme C.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C épouse B, ressortissante marocaine, née 20 octobre 1981 à Maaziz au Maroc, mariée à M. D B, ressortissant français depuis 2017 à Gaesti en Roumanie, est titulaire d'une carte de séjour de 10 ans en sa qualité de " membre de famille d'un citoyen européen ", qui a expiré le 17 juin 2024. Elle en a sollicité le renouvellement en date du 28 mars 2024. En l'absence de réponse du préfet des Hauts-de-Seine, une décision de rejet implicite est née. Elle demande au juge des référés statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé le renouvellement de son titre de séjour en sa qualité de " membre de famille d'un citoyen européen ".
Sur les conclusions à fin de suspension et d'injonction :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. Dans l'hypothèse d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour, la condition d'urgence mentionnée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est en principe présumée. Si, pour remettre en cause cette présomption, le préfet des Hauts-de Seine fait valoir qu'il a remis à l'intéressée une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 6 janvier 2025, cette circonstance, alors que le titre de séjour dont bénéficiait la requérante était valable dix ans et qu'il est au nombre de ceux permettant eu égard à son fondement un séjour de plein droit, n'est pas de nature à remettre en cause la présomption d'urgence dont il s'agit. Elle ne saurait pas plus priver les conclusions à fin de suspension de son objet, dès lors que la délivrance de l'attestation de prolongation d'instruction ne saurait être regardé comme un retrait de la décision de refus litigieuse.
4. En l'état de l'instruction, alors que le préfet des Hauts-de-Seine s'est abstenu en défense de contester utilement l'argumentation de la requérante en apportant des éléments permettant d'éclairer sa situation, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 233-1 et L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de ce que la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation est propre à créer un doute sérieux sur sa légalité. Il suit de là qu'il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision attaquée et d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour de 10 ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en sa qualité de " membre de famille d'un citoyen européen " dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a implicitement refusé la demande en date du 28 mars 2024 de renouvellement du titre de séjour de Mme C en sa qualité de " membre de famille d'un citoyen européen " est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer, à titre provisoire, un titre de séjour de 10 ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 234-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme C en sa qualité de " membre de famille d'un citoyen européen " dans un délai de 7 jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'Etat versera à Mme C une somme de 1500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C épouse B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 17 octobre 2024.
La juge des référés,
signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2414341