Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414347
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2414347 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, Mme C A B épouse D, représentée par Me Pierrot, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°)de suspendre l'arrêté du 30 août 2024, notifiée le 6 septembre 2024, par lequel le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de délivrance de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois suivant la notification de l'ordonnance à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
-la condition d'urgence est présumée remplie s'agissant d'un changement de statut ; par ailleurs cet arrêté la place dans une situation de précarité importante ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué en tant qu'il porte refus de délivrance de titre de séjour :
* il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
* il est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'elle a produit l'autorisation de travail délivrée par la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère ;
* il est entaché d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;
- il existe plusieurs moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté attaqué en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français :
* il est illégal en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
* il a été pris par une autorité incompétente ;
* il est insuffisamment motivé en méconnaissance des dispositions de l'article
L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
* il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
* il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Vu :
- la requête n° 2414345, enregistrée le 3 octobre 2024, par laquelle Mme A B épouse D, représentée par Me Pierrot, demande l'annulation de la décision contestée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié en matière de séjour et de travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B épouse D, ressortissante tunisienne née le 9 janvier 1985 à Zarzis (Tunisie), est entrée en France le 30 novembre 2021 munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjointe de français. Le 25 novembre 2022, Mme A B épouse D a déposé une demande de renouvellement de titre de séjour avec un changement de statut vers la mention " salarié ". Elle a été mise en possession de récépissés de demande renouvellement de titre de séjour, valables du 25 novembre 2022 au 24 février 2023 puis du 12 juin 2024 au 11 septembre 2024. Par un arrêté du 30 août 2024, notifiée le
6 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté. Par la présente requête, Mme A B épouse D demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".
3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
4. En l'espèce, la demande de changement de statut que Mme A B épouse D a sollicité, au surplus après l'expiration de son visa long séjour valant titre de séjour, ne saurait être regardée comme une demande de renouvellement de titre de séjour, mais comme une première demande de titre de séjour salarié. En outre, Mme A B épouse D se borne, pour justifier de l'urgence de sa situation, à faire valoir qu'elle ne peut pas travailler et que l'arrêté attaqué la place dans une situation de précarité importante, sans toutefois l'établir par les pièces produites. Dans ces conditions, la requérante n'établit pas que les effets de la décision contestée porteraient une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, son exécution soit suspendue.
5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner si la condition tenant au doute sérieux est remplie, qu'il y a lieu de rejeter la requête en toutes ses conclusions, en application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A B épouse D est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B épouse D.
Copie en sera adressée au préfet du Val-d'Oise.
Fait à Cergy, le 8 octobre 2024.
Le juge des référés,
Signé
E. Lamy
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2414347