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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2414359

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414359

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414359
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGULER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 et 16 octobre 2024, Mme D B, représentée par Me Guler, avocate désignée d'office, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a ordonné son transfert aux autorités espagnoles responsables de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de l'admettre au séjour au titre de l'asile dans un délai de 24 heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente de son réexamen une autorisation provisoire de séjour ;

3°) d'enjoindre, à défaut, au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans l'attente de son réexamen une autorisation provisoire de séjour.

Elle doit être regardée comme soutenant que l'arrêté :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- est entaché d'un vice de procédure ;

- est entaché d'un défaut de base légale ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- méconnaît les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) 604/2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n°603/2013 ;

- méconnaît les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête. Il soutient à titre principal que la requête est irrecevable en ce qu'elle ne contient l'exposé d'aucune conclusion ni d'aucun moyen et à titre subsidiaire que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2024 :

- le rapport de M. Beaufaÿs, président ;

- les observations de Me Guler, avocate désignée d'office, représentant Mme B, présente, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de Mme B qui soutient ne pas avoir de famille en Espagne ;

- le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B, ressortissante mauritanienne née le 6 avril 1999, a déposé une demande d'asile en France le 2 septembre 2024. La consultation du fichier " Eurodac " a révélé que ses empreintes avaient été préalablement enregistrées par les autorités espagnoles. Saisies le 5 septembre 2024 d'une demande de reprise en charge de Mme B, les autorités espagnoles ont explicitement accepté cette requête le 12 septembre 2024. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé son transfert aux autorités espagnoles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Patience Njoh Epesse, secrétaire administrative responsable de la section chargée de la procédure Dublin et du suivi des déboutés du droit d'asile de la préfecture des Hauts-de-Seine, qui a reçu délégation du préfet à cette fin par un arrêté SGAD n° 2024-42 du 20 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative ".

4. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme B, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité d'un autre Etat. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation individuelle de la requérante. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen ne peuvent qu'être écartés.

5. En troisième lieu, si Mme B soutient que la décision est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'est pas fait mention du relevé dactyloscopique, il ressort des pièces produites en défense que le relevé dactylographique a bien été effectué. Par conséquent, le moyen tiré du vice de procédure ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, Mme B soutient que l'arrêté est entaché d'un défaut de base légale et d'une erreur de droit en ce qu'il se fonde à tort sur les dispositions de l'article 18 d du règlement (UE) 604/2013 alors qu'il devait fonder sa décision sur les dispositions des articles 23 à 25 du même règlement. Toutefois, d'une part, il ressort des termes de l'arrêté que celui-ci est fondé sur les dispositions 18 b du règlement (UE) 604/2013, contrairement à ce que soutient la requérante, et d'autre part, il ressort également des pièces du dossier qu'après avoir procédé à la détermination de l'Etat responsable de la demande d'asile de Mme B, au vu des éléments recueillis après consultation du fichier " Eurodac ", le préfet des Hauts-de-Seine a saisi, le 5 septembre 2024, les autorités espagnoles d'une requête aux fins de reprise en charge. Le préfet des Hauts-de-Seine produit, dans le cadre de la présente instance, les pièces démontrant l'existence d'un accord explicite de ces autorités en date du 12 septembre 2024. Mme B n'est dès lors pas fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'un défaut de base légale. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un Etat membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () " Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et, en tous cas, avant la décision par laquelle l'autorité administrative décide de refuser l'admission provisoire au séjour de l'intéressé au motif que la France n'est pas responsable de sa demande d'asile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement et doit nécessairement être communiquée oralement au demandeur d'asile si celui-ci est analphabète. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que les brochures dites " A " et " B ", intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations devant être communiquées en vertu des dispositions précitées, ont été remises à Mme B le 2 septembre 2024, en langue arabe que l'intéressée comprend, tel qu'elle l'indique à l'issue de l'entretien individuel dont elle a bénéficié le même jour en préfecture, et comme en atteste sa signature apposée sur la première page de chacune des brochures. D'autre part, si Mme B soutient qu'il n'est pas établi qu'il se serait vu remettre un guide relatif aux données traitées par " Eurodac ", l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article 29, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 603/2013 du 26 juin 2013, a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles des demandeurs d'asile concernés, laquelle est garantie par l'ensemble des Etats membres relevant du régime européen d'asile commun. Il suit de là que la méconnaissance de cette obligation d'information ne peut être utilement invoquée à l'encontre des décisions par lesquelles l'Etat français procède au transfert d'un demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet a méconnu les dispositions de l'articles 4 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 et celles de l'article 29 du règlement UE n° 603/2013 du 26 juin 2013, doit être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". La faculté laissée par ces dispositions à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.

10. Mme B soutient que sa demande d'asile devrait être examinée par le autorités française en ce que son frère, M. A B, est réfugié en France depuis plusieurs années et qu'il pourrait l 'aider dans ses démarches et à s'insérer dans la société française. Toutefois, la seule circonstance que son frère, M. A B, soit réfugié n'est pas suffisante pour établir que le préfet aurait méconnu les dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 10. que la décision litigieuse ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante, la seule circonstance que son frère soit réfugié ne faisant pas obstacle à ce que sa demande d'asile soit examinée par les autorité espagnoles.

13. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir, que les conclusions présentées par Mme B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 1er octobre 2024 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles présentées à fin d'injonction.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 31 octobre 2024.

Le président du tribunal,

signé

F. Beaufaÿs La greffière,

signé

M. C La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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