Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414408
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2414408 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 4 et 13 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Dupourqué, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 26 juillet 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler pour la durée de ce réexamen, et ce dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est présumée dès lors qu'il s'agit d'un refus de renouvellement de titre de séjour ; qu'en outre, la décision contestée le place en situation irrégulière ; ce refus emporte des conséquences sur la prise en charge de ses soins par l'assurance maladie et l'accès aux traitements est indispensable, et du fait de la décision contestée il a perdu son emploi d'intérimaire, le plaçant ainsi dans une situation de précarité ayant perdu ses moyens de subsistance ;
- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que la décision attaquée :
* est insuffisamment motivée ;
* est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
* a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que l'avis du collège de médecins de l'OFII ne lui a pas été communiqué ce qui ne permet pas de vérifier que les services préfectoraux ont saisi le collège de médecins de l'OFII et que l'avis a été rendu conformément aux dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
* est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée par l'avis du collège de médecins de l'OFII ;
* est entachée de plusieurs erreurs de fait d'une part, s'agissant d'une demande de renouvellement et non de première demande de titre de séjour et d'autre part s'agissant de sa situation familiale ;
* méconnaît l'autorité de la chose jugée dès lors que par jugement en date du 27 décembre 2022 n° 2114014, ce tribunal a enjoint au préfet de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé ;
* méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 précité dès lors que le traitement prescrit n'est pas disponible dans son pays d'origine ; le januvia et le sitaglipine ne figurent pas sur la liste des médicaments essentiels de la République du Congo ;
* méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
* est entachée d'une erreur manifeste de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
* a été prise en violation du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n° 2414065, enregistrée le 29 septembre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22,
R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- le code de justice administrative ;
Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, qui s'est tenue le 21 octobre 2024 à 10 heures en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Le Griel, juge des référés ;
- les observations de Me Dupourqué, représentant M. B, présent qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B ressortissant congolais (Brazzaville), est né le 26 février 1990. L'intéressé s'est vu délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile valable du 17 mars 2023 au 16 mars 2024. Il en a sollicité le renouvellement le 14 mars 2024. Par décision du 26 juillet 2024 le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui renouveler son titre. M. B demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, d'ordonner la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Cette condition d'urgence est, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement ou d'un retrait de titre de séjour. Par suite, M. B demandant la suspension du refus de renouvellement du titre de séjour qui lui a été opposé et le préfet des Hauts-de-Seine ne faisant état d'aucune circonstance particulière de nature à faire échec à cette présomption, dès lors qu'il n'a produit aucune observation en défense, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision
4. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable au litige : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".
5. En l'absence de production par le préfet du Hauts-de-Seine de l'avis du collège de médecins de l'OFII en date du 6 juin 2024 mentionné dans l'arrêté attaqué, les moyens relatifs aux vices de procédure tirés de l'irrégularité de cet avis dont est entachée la décision de rejet de la demande de renouvellement du titre de séjour du requérant sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à sa légalité.
6. Les deux conditions auxquelles l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonne la suspension de l'exécution d'une décision administrative étant satisfaites, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du 26 juillet 2024 par laquelle le préfet des
Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B.
Sur les conclusions à fin d'injonction
7. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire () ". Il appartient au juge des référés d'assortir sa décision de suspension des seules obligations provisoires qui en découlent pour l'administration.
8. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet des Hauts-de-Seine, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, de délivrer à M. B un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision en litige.
Sur les frais liés au litige :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 26 juillet 2024 par laquelle le préfet des
Hauts-de-Seine a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à M. B un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour l'autorisant à travailler, dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance, et valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de la décision du 26 juillet 2024 portant refus de renouvellement de son titre de séjour.
Article 3 : L'État versera à M. B une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 25 octobre 2024.
La juge des référés,
Signé
H. Le Griel
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24144082