Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414414

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414414
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour de M. B, ressortissant ivoirien. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant ne justifiant pas de circonstances particulières nécessitant une mesure provisoire à très bref délai, malgré l'ancienneté de sa demande et ses difficultés personnelles et financières. La solution retenue est fondée sur l'absence d'urgence, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens soulevés, notamment la méconnaissance des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Kacou, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision de refus implicite de régulariser à titre exceptionnel son séjour née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de le munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser au requérant sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- La condition d'urgence est remplie, eu égard à la durée anormale d'instruction de sa demande, eu égard au risque d'expulsion qu'il encourt ; il risque également l'expulsion de son logement et il a deux enfants à charge et il est sous le coup de nombreuses dettes ;

- Les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision en litige est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie d'une présence interrompue en France depuis 9 ans, il a exercé plusieurs activités professionnelles ; il a justifié lors de sa demande d'une promesse d'embauche de son employeur et d'un formulaire CERFA de demande d'autorisation travail en sa faveur ; il est respectueux des institutions républicaines, il est père deux enfants nés sur le territoire français à l'éducation et l'entretien desquels il contribue ; il vit avec la mère de son second enfant ; son frère est titulaire d'une carte de résident ;

- il remplit les conditions pour se voir attribuer un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code précité ;

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Vu :

- la requête n°2413390, enregistrée le 19 septembre 2024, par laquelle M. B demande l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Le Griel, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, né le 20 mai 1988, est entré en France, selon ses allégations, en 2015. Le 12 octobre 2021, il a sollicité son admission au séjour à titre exceptionnel en qualité de salarié. En l'absence de réponse du préfet du Val-d'Oise, une décision implicite de rejet de cette demande est née, décision dont M. B demande, par la présente requête, la suspension par application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence, compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Val-d'Oise sur sa demande de titre de séjour, M. B fait valoir la durée anormale d'instruction de sa demande de plus de trois ans, le risque d'éloignement du territoire français et d'expulsion de son logement, la présence en France de ses deux enfants à charge et ses difficultés financières eu égard à ses nombreuses dettes. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il vient d'être dit, le requérant a déposé sa demande de titre de séjour il y près de trois ans, sans justifier de démarches avec les services préfectoraux sur le devenir de sa demande avant les courriers de son conseil les 20 mai et 28 juin 2024. D'autre part, il ne résulte pas de l'instruction qu'à la date de la présente ordonnance, l'intéressé disposerait d'une promesse d'embauche, ou d'une activité salariée. Enfin s'il fait valoir que faute de titre de séjour, il va être expulsé de son logement, il ressort des pièces du dossier qu'il est assigné le 9 décembre prochain devant le tribunal de proximité de Montmorency comme occupant sans droit ni titre d'un logement. Par ailleurs, il n'est établi ni allégué que le requérant aurait fait l'objet d'une mesure d'éloignement à la date de la présente ordonnance. Dans ces conditions, et alors même que le requérant est parent de deux enfants sur le territoire français, il ne résulte pas de l'instruction que la décision dont la suspension est demandée a pour effet de modifier la situation de M. B. Par suite, le requérant ne démontre pas l'existence de circonstances particulières caractérisant une situation d'urgence au sens des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède, la condition d'urgence n'étant pas remplie, que la requête peut être rejetée, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, dans toutes ses conclusions y compris celles relatives aux frais liés au litige, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C.

Fait à Cergy, le 29 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

H. Le Griel

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.