Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414471

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414471
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de Mme B, ressortissante mexicaine, qui demandait d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour. Le juge estime que la condition d'urgence n'est pas remplie, car la requérante dispose d'un titre de séjour étudiant valable jusqu'en avril 2025, exerce un emploi en CDI et ne démontre pas de tentatives répétées et infructueuses pour obtenir un rendez-vous. La décision retient que l'absence d'enregistrement de sa nouvelle demande ne compromet ni son activité professionnelle ni sa vie familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 octobre 2024, Mme B, représentée par Me Hervet demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de la recevoir en rendez-vous dans le délai de 10 jours afin qu'elle puisse déposer une demande de titre de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 800 euros à lui verser sur le fondement de l'article L 761-1 du Code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la mesure sollicitée est nécessaire à la protection de ses droits, que l'absence de rendez-vous la maintient dans une situation précaire et irrégulière, qu'elle a sollicité sans succès un rendez-vous en vue de déposer sa demande de titre de séjour à deux reprises en 2024, que le site internet de la préfecture refuse d'enregistrer sa demande sans lui offrir de solution de remédiation, qu'elle justifie depuis 2023 d'une vie commune avec un ressortissant européen et de son insertion professionnelle dans le secteur de la restauration ;

- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle lui permettra d'obtenir un titre de séjour ;

- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante mexicaine, née le 12 avril 1997 à Monterrey, Mexique, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui donner un rendez-vous en préfecture en vue de déposer sa demande d'admission au séjour et de lui en délivrer récépissé.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

5. Pour justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour elle de bénéficier à très bref délai de la mesure d'injonction qu'elle demande, Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis 2021, qu'elle est titulaire d'un titre de séjour " étudiant " l'autorisant à travailler valable jusqu'en avril 2025, qu'elle a poursuivi ses études avec succès, qu'elle travaille en CDI depuis juin 2024 dans le secteur de la restauration et qu'elle est liée par un PACS depuis le 17 juin 2024 avec un ressortissant italien. Elle a sollicité le 4 octobre 2024 l'enregistrement d'une demande de délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " en considération de l'évolution de sa situation personnelle. Toutefois il résulte de l'instruction que cette demande est très récente, que la requérante est en situation régulière jusqu'en 2025, qu'elle ne justifie pas, par l'unique capture d'écran qu'elle verse aux débats, avoir tenté en vain de se connecter à plusieurs reprises sur une période significative sur le site internet de la préfecture, et que l'absence d'enregistrement de sa demande de titre de séjour ne compromet ni son activité professionnelle, l'intéressée étant d'ores et déjà employée en CDI sous le couvert de son titre de séjour actuel en tant que cheffe de partie, ni la vie commune avec son conjoint. De telles circonstances ne sont, par suite, pas susceptibles de caractériser à elles seules la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée.

6.Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter la requête, et par voie de conséquence les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 15 octobre 2024

Le juge des référés,

signé

F.-E. BAUDE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 24144712