Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414513
mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2414513 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. et Mme B, représentés par Me Zouba demandent au tribunal :
1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de les recevoir en rendez-vous dans le délai de 7 jours afin qu'ils puissent déposer une demande de titre de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L 761-1 du Code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors que la mesure sollicitée est nécessaire à la protection de leurs droits, qu'ils résident en France depuis 2019, que leurs enfants y sont scolarisés et que l'un y est né, que l'absence de rendez-vous les maintient dans une situation précaire et irrégulière, sans possibilité de travailler, et qu'ils ont sollicité en février 2024 un rendez-vous en vue de déposer leurs demandes de titre de séjour.
- la mesure sollicitée est utile dès lors qu'elle leur permettra d'obtenir un titre de séjour ;
- la mesure sollicitée ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 1er octobre 1979 à Gafsa, Tunisie, et Mme C B, née le 30 mai 1986 à Tunis, Tunisie, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de leur donner un rendez-vous en préfecture en vue de déposer sa demande d'admission au séjour et de leur en délivrer récépissé.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision ".
3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.
4. En vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.
5. Pour justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour eux de bénéficier à très bref délai de la mesure d'injonction qu'ils demandent, les époux B soutiennent qu'ils sont présents en France avec leurs enfants depuis 2019 et justifient avoir demandé l'enregistrement de leur demande de titre de séjour le 12 février 2012, sans qu'à la suite de cette demande d'enregistrement un rendez-vous en préfecture leur ait été fixé. Ils font valoir que leurs trois enfants sont scolarisés, qu'ils vivent dans la précarité et l'anxiété d'un contrôle de police. S'ils allèguent être dans l'impossibilité de travailler en raison de l'irrégularité de leur situation, ils ne produisent aucune promesse d'embauche conditionnée par la régularisation de leur situation, et ne précisent ni les compétences qu'ils pourraient faire valoir sur le marché du travail ni quels employeurs, dans un secteur d'activité précisément identifié, seraient susceptibles de les recruter en cas de régularisation de leur situation. De telles circonstances, alors que l'administration a accusé réception de leur demande, que l'instruction de celle-ci est en cours, que le défaut d'enregistrement ne fait pas obstacle à la scolarisation des enfants et n'implique pas par lui-même leur éloignement du territoire national, ne sont toutefois pas susceptibles de caractériser à elles seules la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il y ait lieu de surseoir à statuer en vue de recueillir l'avis du Conseil d'Etat sur une question de droit étrangère à la condition d'urgence de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, qu'il y a lieu de rejeter la requête, et par voie de conséquence les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : la requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. et Mme A et C B et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Fait à Cergy, le 15 octobre 2024
Le juge des référés,
signé
F.-E. BAUDE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24145132