Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414597
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2414597 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, M. A, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant deux ans, ensemble l'arrêté du 11 septembre 2024 l'ayant assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pendant la durée de 45 jours renouvelable deux fois, avec astreinte à demeurer dans son lieu de résidence les vendredi et samedi et obligation de se présenter 3 fois par semaine au commissariat de Colombes ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 15 à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard un titre de séjour et, dans cette attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le même délai assorti de la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la décision de refus de titre de séjour méconnait les dispositions des articles L 423-1 et L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est conjoint d'une ressortissante française depuis son mariage le 7 juillet 2023, qu'il a noué des liens familiaux et personnels en France et y travaille en tant que salarié ;
-cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît, pour les mêmes raisons, les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision lui refusant le délai de départ volontaire et celle lui interdisant le retour sont illégales dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- la décision l'assignant à résidence est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions précitées.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
-le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et d'assignation à résidence.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Une note en délibéré a été produite pour M. A le 22 octobre après la clôture de l'instruction.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien, né le 17 septembre 1997 à Relizane, Algérie, est entré en France le 19 septembre 2019 selon ses déclarations. Il a sollicité le 6 décembre 2023 son admission au séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 7 août 2024 le préfet des Hauts-de-Seine a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai à destination du pays dont il a la nationalité et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pendant deux ans. Par un arrêté du 11 septembre 2024 le préfet l'a assigné à résidence dans le département des Hauts-de-Seine pendant la durée de 45 jours renouvelable deux fois, avec astreinte à demeurer dans son lieu de résidence les vendredi et samedi et obligation de se présenter 3 fois par semaine au commissariat de Colombes. M. A en demande l'annulation.
Sur la décision de refus de séjour :
2. Aux termes de l'article 6 l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence () est délivré de plein droit : () 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ; () Le premier renouvellement du certificat de résidence délivré au titre du 2) ci-dessus est subordonné à une communauté de vie effective entre les époux. ". Ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
3. Il ressort des pièces du dossier que si M. A s'est marié le 7 juillet 2023 avec une ressortissante de nationalité française, il a été condamné le 23 septembre 2020 par le tribunal correctionnel de Toulouse à une peine d'emprisonnement de trois mois avec sursis et à l'interdiction du territoire français pendant deux ans, et le 31 mai 2023 par le tribunal correctionnel de Nanterre à une peine de trois mois de détention à domicile sous bracelet électronique pour des faits de trafic de stupéfiants. Il a en outre été placé en garde à vue le 19 juillet 2024 pour des faits de conduite d'un véhicule sous l'empire de stupéfiants, d'exploitation d'un VTC sans inscription au registre et de violences sur personne sous l'empire de stupéfiants, faits dont il ne conteste pas la matérialité dans ses écritures. Il résulte de ces éléments que le préfet était fondé, pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées, à considérer que sa présence en France constitue une menace pour l'ordre public.
4. Aux termes de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui déclare être entré en France en septembre 2019, s'y est marié avec une ressortissante française en juillet 2023. Il n'établit pas, par la seule production d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel conclu en janvier 2024, de 8 fiches de paie établies en 2023 et 2024, et d'un avis d'imposition mentionnant un revenu fiscal du ménage de 5 642 euros en 2023, la réalité d'une insertion professionnelle significative en France. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A a été condamné pénalement à plusieurs reprises et a été placé en garde à vue en juillet 2024 pour des infractions dont il ne conteste pas la matérialité. Eu égard à la gravité et à la réitération de ces faits délictueux, et au caractère récent des liens conjugaux tissés par M. A en France, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
6. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 5 du jugement il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A. Pour ces mêmes motifs doit être écarté le moyen tiré de ce que cette décision a porté à son droit au respect de sa vie privée, en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
Sur le refus de délai de départ volontaire :
7. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ".
8. Les motifs énoncés au point 3 établissent la réalité de la menace pour l'ordre public que représente la présence en France de M. A. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ".
10. M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire. Il ne précise pas, en se bornant à contester qu'il représente une menace pour l'ordre public, quelles circonstances humanitaires auraient justifié que le préfet n'édicte pas une telle interdiction, lesquelles ne résultent pas avec évidence des pièces du dossier. Par suite le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant deux ans.
Sur l'assignation à résidence :
11. Le requérant n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de celle l'assignant à résidence.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 7 août 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il n'est pas d'avantage fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 11 septembre 2024 l'ayant assigné à résidence. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er :La requête de M. A est rejetée.
Article 2 :Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. -E. BaudeLa greffière,
Signé
Z.Bouayyadi
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision