Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414632

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414632
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite du préfet des Hauts-de-Seine rejetant la demande de regroupement familial de M. A. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, le requérant vivant séparé de sa famille depuis 2011 et ayant saisi le tribunal un an après la naissance de la décision implicite. La requête a été rejetée sans examen des moyens soulevés (défaut de motivation, erreur manifeste d'appréciation, violation de l'article 8 de la CESDH et de l'article 3-1 de la CIDE).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Biju-Duval, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite en date du 20 octobre 2023 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de son épouse et de ses deux enfants mineurs ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'autoriser le regroupement familial et, subsidiairement, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- La condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se trouve séparer de son épouse et de ses enfants, que cela porte atteinte à son état de santé, celui-ci souffrant de pathologies cardiaques graves et d'un syndrome dépressif et rendant ses déplacements au Bangladesh difficiles et coûteux ;

- les moyens suivants sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

* elle est entachée d'un défaut de motivation au regard de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

* elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* elle méconnaît les stipulations de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu :

- la requête n° 2414586, enregistrée le 8 octobre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal, a désigné M Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant bangladais né le 11 novembre 1977 à Lakshmipur au Bangladesh, a déposé une demande de regroupement familial au bénéfice de son épouse et de ses deux enfants mineurs auprès de C français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 19 décembre 2022. L'OFII a transmis à la préfecture des Hauts-de-Seine, le 13 octobre 2023, le dossier de regroupement familial. Le préfet ayant gardé le silence sur sa demande pendant plus de quatre mois, une décision implicite de rejet de sa demande est née le 20 octobre 2023. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative, de suspendre cette décision.

2. Aux termes, d'une part, de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications apportées par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce, et notamment des objectifs d'intérêt public poursuivis par la décision critiquée. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci ;

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, M. A fait valoir que la séparation avec son épouse et ses enfants porte atteinte à son état de santé et rend difficile et couteux ses déplacements au Bangladesh. Toutefois, il résulte de l'instruction que M. A a déposé une demande de regroupement familial et a été mis en possession d'une attestation de dépôt en date du 20 avril 2023, laquelle précisait qu'une décision implicite de rejet de sa demande interviendrait dans un délai de six mois suivant la délivrance de cette attestation. Il a déposé une requête en référé au tribunal un an après la naissance de la décision implicite de rejet. Il ressort des pièces du dossier que le requérant vit séparément de son épouse et de ses enfants depuis son entrée en France en 2011, selon ses déclarations. Ces circonstances ne permettent pas de caractériser l'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, et sans qu'il soit besoin d'examiner s'il existe au regard des moyens invoqués un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 17 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.