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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2414643

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414643

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414643
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantGOZLAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 9 octobre 2024 le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Cergy-Pontoise la requête, enregistrée le 15 juillet 2024, par laquelle M. B, représenté par Me Gozlan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 juillet 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité, et par lequel le préfet l'a interdit de retour sur le territoire pendant 36 mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans le même délai assorti de la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-les arrêtés sont signés d'une personne incompétente à cet effet ;

- ils sont insuffisamment motivés et entachés d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

-ils sont entachés d'une erreur dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation.

La requête a été communiquée le 10 octobre 2024 au préfet de police qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et d'assignation à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baude, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 13 mai 1999 à Guelmin, au Maroc, est entré en France en mai 2019 selon ses déclarations. Par un arrêté du 12 juillet 2024, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il à la nationalité, lui a refusé le délai de départ volontaire et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 12 juillet 2024 il a assorti cette obligation d'une interdiction de retour sur le territoire d'une durée de 36 mois. Le requérant en demande l'annulation.

Sur les conclusions d'annulation :

2. Il ressort des termes de l'arrêté litigieux que pour prononcer l'éloignement de M. B le préfet de police s'est fondé sur le motif exclusif qu'il ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, alors pourtant que le requérant, qui a déposé une demande de titre de séjour le 6 juin 2023, était à la date de l'arrêté du 12 juillet 2024 muni d'un récépissé de demande de carte de séjour délivrée par le préfet du Val d'Oise, valable du 15 mars 2024 au 14 septembre 2024, dont l'authenticité n'est pas contestée en défense. Ce titre l'autorisait à se maintenir sur le territoire. Par suite le requérant est fondé à soutenir que le préfet de police n'a pas procédé à un examen sérieux de sa demande. Il en résulte, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 12 juillet 2024. Par voie de conséquence, les décisions subséquentes lui refusant le délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français doivent également être annulées.

Sur les conclusions d'injonction et les frais d'instance :

3. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

4. Le présent jugement, qui annule la décision portant obligation de quitter le territoire français, implique qu'il soit enjoint au préfet du Val-d'Oise, département dans lequel réside M. B, de procéder au réexamen de sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour. Il y a lieu d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, sans délai, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

5. . Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, une somme de 800 euros à verser à M. B.

D É C I D E :

Article 1er :Les deux arrêtés du 12 juillet 2024 du préfet de police sont annulés.

Article 2 :Il est enjoint au préfet du Val d'Oise de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement après avoir réexaminé la situation de M. B et, en attendant et sans délai, de munir celui-ci d'une autorisation provisoire de séjour lui conférant le droit d'exercer une activité professionnelle.

Article 3 :L'État versera à M. B une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 :Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de police et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F. -E. BaudeLa greffière,

Signé

Z.Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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