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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2414706

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414706

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414706
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCHABANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 octobre 2024, et un mémoire, enregistré le 17 octobre 2024, M. B, représenté par Me Chabane, demande au tribunal :

1°) De l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant un an ;

3°) d'enjoindre au préfet, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour lui permettant de déposer une nouvelle demande d'admission au séjour au titre de l'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à Me Chabane en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; à titre subsidiaire, en cas de refus de l'admettre à l'aide juridictionnelle, de lui verser la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

-que cette décision est signée d'une autorité incompétente ;

- qu'elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

-qu'elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet n'a pas examiné les possibilités de le régulariser ;

- qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Il soutient, s'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

-qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

-qu'elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient, à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que le recours a été enregistré tardivement, et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

-le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Baude, premier conseiller, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et d'assignation à résidence.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Baude, magistrat désigné,

-les observations de Me Chabane, avocate désignée d'office, qui reprend et précise les conclusions et moyens de la requête,

- les observations de M. B, qui indique que, depuis la décision de la Cour nationale du droit d'asile rejetant sa demande d'asile, sa famille a été soumise à un interrogatoire par la police et sa mère arrêtée après avoir sollicité d'un représentant de l'ONU en mission des éléments sur le sort de son époux disparu.

Le préfet des Hauts-de-Seine, régulièrement convoqué, n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sri lankais selon ses déclarations, né le 18 mars 1997 à Mallavi, Sri Lanka, est entré en France le 4 novembre 2022. Sa demande d'asile a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 28 mars 2023 et son recours contre cette décision rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 septembre 2023. Par un arrêté du 9 juillet 2024, dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, il y a lieu de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet :

4. Aux termes de l'article L.614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à la date de la décision attaquée : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant ".

5. Aux termes de l'article L.614-5 du même code, applicables à la date de la décision attaquée : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 1°, 2° ou 4° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la décision du 9 juillet 2024 obligeant M. B à quitter le territoire français a été notifiée par voie postale à ce dernier le 26 juillet 2024 et qu'elle était assortie de la mention des voies et délais de recours, ce que l'intéressé ne conteste pas. Cette notification a fait courir le délai de quinze jours prévus par les dispositions précitées pour l'exercice d'un recours contentieux. Or M. B n'a introduit sa requête que le 10 octobre 2024, soit postérieurement à l'expiration du délai de 15 jours qui lui était imparti par ces dispositions. Par suite sa requête, tardive, est irrecevable et il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par le préfet.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les moyens de la requête, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions d'annulation de la décision du préfet des Hauts-de-Seine du 9 juillet 2024 ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et d'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er :M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 :La requête de M. B est rejetée.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Chabane et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

F-E. BaudeLa greffière,

Signé

Z.Bouayyadi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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