Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414716

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414716
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a suspendu l'exécution de l'arrêté du 14 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine avait refusé le renouvellement du titre de séjour de M. A, ressortissant marocain, et l'avait obligé à quitter le territoire français. Le juge a retenu que la condition d'urgence était présumée en l'absence d'élément contraire et qu'il existait un doute sérieux sur la légalité de la décision, le préfet n'ayant pas justifié le motif de trouble à l'ordre public invoqué, le casier judiciaire de l'intéressé étant vierge. La suspension a été prononcée en application des articles L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées respectivement les 10 octobre 2024 et 11 octobre 2024, M. B A, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 14 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre, au préfet des Hauts-de-Seine, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire " vie privée et familiale " dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard et, à défaut, de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors que l'arrêté emporte des conséquences graves et immédiates sur sa situation familiale et professionnelle, que sa situation financière se dégrade, qu'il cumule des dettes, qu'il a perdu le bénéfice de ses droits sociaux alors qu'il a 5 enfants à charge, que son épouse n'exerce aucune activité professionnelle, qu'il risque de faire l'objet d'une procédure d'expulsion et qu'il souffre d'une pathologie l'obligeant à se faire hospitaliser ;

- la condition tenant à l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision est remplie dès lors que l'arrêté :

* est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 423-7, L.435-1 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle

* a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale du droit de l'enfant.

La requête a été communiquée au préfet des Hauts-de-Seine qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2410132, enregistrée le 15 juillet 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience publique du 28 octobre 2024 à 10 heures.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de M. A.

Le préfet des Hauts-de-Seine n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant marocain, né le 17 février 1983 à Oujda, d'abord titulaire d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " en sa qualité de parent d'enfants français, a sollicité le 25 août 2022 le renouvellement de la carte de résident qui lui a été valable du 18 octobre 2012 au 17 octobre 2022. Par un arrêté en date du 14 juin 2024, sa demande a été rejetée par le préfet des Hauts-de-Seine au motif qu'il a porté atteinte gravement à l'ordre public. Par la présente requête, M. A demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Alors qu'au cas d'espèce, s'agissant d'un refus de renouvellement de titre de séjour, l'urgence mentionnée à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée en l'absence de tout élément contraire produit par le préfet des Hauts-de-Seine, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers est propre à créer un doute sérieux sur la légalité du refus de renouvellement du certificat de résidence dont bénéficiait le requérant, précision étant faite que l'arrêté litigieux ne mentionne aucun élément en lien avec le trouble à l'ordre public qu'il évoque et que, par ailleurs, il est noté que le bulletin n° 2 du casier judiciaire de l'intéressé est vierge. Il résulte de ce qui vient d'être dit qu'il a lieu de suspendre la décision portant refus de renouvellement de la carte de résident de M. A, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Compte tenu de ce qui vient d'être dit au point 3, il y a seulement lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu, alors que M. A ne justifie de l'engagement d'aucun frais dans la présente procédure, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'arrêté en date du 14 juin 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté la demande de renouvellement de la carte de résident de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. A dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Fait à Cergy, le 28 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2414716