Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2414811

lundi 28 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2414811
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a ordonné l'expulsion de Mme B du logement de fonction qu'elle occupait sans droit ni titre au sein du lycée Romain Rolland. La région Île-de-France, propriétaire du logement relevant du domaine public, a démontré l'urgence et l'utilité de la mesure, l'occupation faisant obstacle à l'installation du responsable de l'entretien général et perturbant le fonctionnement du service public. La solution retenue s'appuie sur les dispositions du code de l'éducation et du code général de la propriété des personnes publiques, l'autorisation provisoire d'occupation ayant été révoquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 octobre 2024, le conseil régional d'Ile-de-France demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner l'expulsion sans délai de Mme C B et de tout autre occupant de son chef ou de son propre chef du logement de fonction affecté au responsable de l'entretien général situé dans le pavillon au sein du lycée Romain Rolland à Goussainville, sis 13 Avenue Albert Sarrault à Goussainville (95190) ;

2°) d'autoriser la Région à débarrasser le logement de fonction et de ses dépendances, de tout bien meuble qui s'y trouverait après le départ de l'occupant ;

3°) de condamner Mme B et tous autres occupants du logement à payer une astreinte de 90 euros par jour de retard jusqu'à la libération effective des lieux.

Il soutient que :

- la présente requête relève de la compétence matérielle et territoriale du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, dès lors que le logement de fonction en litige appartient à son domaine public et se situe à Goussainville dans le département du Val-d'Oise ;

- la condition d'urgence et d'utilité sont remplies, dès lors que l'occupation irrégulière de Mme B a pour effet d'engendrer d'importantes difficultés pour le bon fonctionnement de l'établissement et pour la bonne organisation des missions de surveillances et de sécurité des biens et des personnes logées sur place, dans la mesure où elle empêche l'installation du responsable de l'entretien général dans les lieux ;

- la mesure sollicitée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, dès lors qu'en vertu des dispositions combinées des articles L. 214-6 et L. 214-7 du code de l'éducation, la région est propriétaire du logement que Mme B occupe ; en outre, son autorisation provisoire et temporaire consentie a été révoquée sans renouvellement, dès lors que ce logement est destiné au responsable de l'entretien général et non à la fonction d'agent d'accueil qu'elle occupe.

La requête a été communiquée à Mme B qui n'a pas présenté d'observations en défense.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Les parties ont été régulièrement convoquées à l'audience du 28 octobre 2024 à

10 heures.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique, tenue en présence de M. Grospierre, greffier d'audience :

- le rapport de M. Lamy, juge des référés ;

- les observations de M. A, représentant la conseil régional Ile-de-France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B s'est vu attribuer un logement de fonction, situé 21 Avenue de Montmorency à Goussainville, en qualité d'agent d'accueil au sein du lycée Romain Rolland. Elle a obtenu une autorisation provisoire par un courriel du gestionnaire comptable en date du 14 juin 2023 pour occuper un logement de fonction affecté à la fonction de responsable d'entretien général, en raison d'importants travaux de rénovations dans son logement de fonction initial. Les travaux ont pris fin le 26 décembre 2023 et un responsable d'entretien général au lycée Romain Rolland a été recruté le 12 juillet 2023 pour une prise de poste effective à compter du 28 août 2023. Par un courrier recommandé en date du 5 février 2024, la région Ile-de-France a mis en demeure Mme B de libérer son logement pour réintégrer son logement lié à ses fonctions, à défaut de quoi elle serait contrainte de demander l'engagement d'une procédure d'expulsion sous astreinte. Un second courrier recommandé en date du 23 mai 2024 lui a été adressé par la région pour réitérer ses demandes. Par la présente requête, la région Ile-de-France demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion de Mme B du logement de fonction qu'elle occupe pour réintégrer le logement lié à ses fonctions.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Les mesures ainsi sollicitées ne doivent pas être manifestement insusceptibles de se rattacher à un litige relevant de la compétence de la juridiction administrative ; en outre et si tel n'est pas le cas, lorsque le juge des référés est saisi, sur le fondement de ces dispositions, d'une demande d'expulsion d'un occupant sans droit ni titre du domaine public, il lui appartient de rechercher si, au jour où il statue, cette demande présente un caractère d'urgence, si elle est utile et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le logement situé dans le pavillon du lycée Romain Rolland a été attribué par le conseil régional d'Île-de-France à un nouvel agent titulaire, nommé depuis le 28 août 2023, pour réaliser les missions liées à sa fonction, lesquelles comprennent des périodes d'astreintes Ainsi, eu égard à la nécessité d'assurer le bon fonctionnement du service public, l'urgence et l'utilité de la mesure sont caractérisées.

5. En second lieu, il ne résulte pas de l'instruction que Mme B occuperait le logement destiné aux fonctions de responsable d'entretien général, autrement que sans droit ni titre, au regard de sa qualité d'agent d'accueil, dès lors que les travaux de son logement de fonction ont pris fin le 26 décembre 2023. Ainsi, alors que Mme B, qui n'a présenté aucune écriture et ne s'est pas présentée à l'audience, ne fait état d'aucun empêchement dirimant à son départ des lieux, rien ne fait obstacle à la mesure d'expulsion sollicitée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à Mme B et à tous occupants de son chef de quitter dans les cinq jours suivant la notification de la présente ordonnance le logement qu'elle occupe irrégulièrement au lycée Romain Rolland à Goussainville. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte de 90 euros par jour de retard.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à Mme C B et à tous occupants de son chef de quitter dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance le logement qu'elle occupe irrégulièrement, situé dans le lycée Romain Rolland à Goussainville (Val-d'Oise), sous astreinte de 90 euros par jour de retard.

Article 2 : Le conseil régional d'Île-de-France est autorisé à débarrasser le logement, situé 13 Avenue Albert Sarrault à Goussainville (95190) de tout bien meuble qui s'y trouverait après le départ de l'occupant sans titre.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la région Ile-de-France et à Mme C B.

Fait à Cergy, le 28 octobre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au préfet de la région d'Ile-de-France en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.