Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415130
lundi 21 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2415130 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. A, représenté par Me Siran, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 19 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de l'admettre au séjour en clôturant son dossier ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de reprendre l'instruction de sa demande et de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction ou un récépissé l'autorisant à travailler, ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle ou, à défaut, si sa demande d'aide juridictionnelle est rejetée, de lui verser directement cette somme.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'il se trouve désormais en situation irrégulière, faute d'instruction de sa demande déposée il y a plus d'un an à la préfecture du Val-de-Marne, avant son déménagement dans le Val-d'Oise, ce qui l'expose à un risque d'éloignement portant atteinte à sa liberté d'aller et venir et à son droit au travail ; sa situation caractérise un dysfonctionnement manifeste des services préfectoraux ;
- il existe des moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
. elle est entachée d'un vice d'incompétence ;
. elle est insuffisamment motivée ;
. elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
. elle est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation ;
. elle est entachée d'une erreur de fait ;
. elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est à cet égard entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
. elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête n°2415150, enregistrée le 21 octobre 2024, par laquelle M. A demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes en référé.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant mauritanien né le 30 décembre 1982, indique être entré en France en 2018. Le 16 mai 2023, alors qu'il résidait dans le Val-de-Marne, il a sollicité sur le site de l'ANEF la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 19 août 2024 par laquelle le préfet du Val-d'Oise a implicitement refusé de faire droit à cette demande en clôturant son dossier.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Selon l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
6. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision attaquée, M. A soutient qu'il se trouve désormais en situation irrégulière, faute d'instruction de sa demande déposée il y a plus d'un an à la préfecture du Val-de-Marne, avant son déménagement dans le Val-d'Oise, ce qui l'expose à un risque d'éloignement portant atteinte à sa liberté d'aller et venir et à son droit au travail. Toutefois, nonobstant les délais particulièrement longs d'instruction de sa demande, il ressort de la décision attaquée que cette instruction est toujours en cours à la préfecture du Val-de-Marne, ce qui protège M. A d'un éventuel éloignement. De plus, M. A, qui vit avec sa famille à Gonesse (Val-d'Oise), ne justifie pas être privé de toute source de revenus. Dans ces conditions, et dès lors en outre que M. A a attendu plus de deux mois depuis l'édiction de la décision attaquée pour saisir le tribunal d'une requête en référé, la condition d'urgence, qui doit s'apprécier objectivement et globalement, ne peut à ce stade être regardée comme remplie.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée, que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions selon la procédure prévue par les dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à son conseil, Me Siran.
Fait, à Cergy, le 21 octobre 2024.
La juge des référés,
signé
C. Oriol
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.