Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415182

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2415182
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant vénézuélien handicapé, qui demandait la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Le juge a estimé que la condition d'urgence particulière n'était pas établie, faute de preuve d'une privation d'aides sociales ou d'une menace de rupture de soins imminente, malgré les délais d'instruction regrettables. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sans examen de l'atteinte aux libertés fondamentales invoquées (vie privée et familiale, liberté d'aller et venir). Les textes appliqués sont l'article L. 521-2 du code de justice administrative et l'article L. 522-3 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2024, M. A, représenté par Me Bossi, demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, d'une part, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, d'autre part, de se prononcer sur son droit au séjour dans un délai d'un mois et sous la même astreinte ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est remplie, dès lors que lourdement handicapé, privé d'autonomie et soumis à un protocole médical strict, il dépend de sa sœur, qui va prochainement se faire opérer, ainsi que des aides sociales et de la prise en charge institutionnelle qui vont lui être supprimées si son droit au séjour, perdu depuis le 8 octobre 2024, n'est pas régularisé ;

- cette situation porte atteinte à son droit, et celui de sa sœur, au respect de leur vie privée et familiale et à sa liberté d'aller et venir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Oriol, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant vénézuélien né le 11 août 1968, a bénéficié d'une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale ", expirée depuis le 8 avril 2024. Bien qu'il en ait sollicité le renouvellement le 3 janvier 2024, cette demande est toujours en cours d'instruction. Par la présente requête, M. A demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une part, de lui délivrer une attestation de prolongation d'instruction de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et, d'autre part, de se prononcer sur son droit au séjour dans un délai d'un mois et sous la même astreinte.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. A la différence d'une demande de suspension présentée sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, à laquelle il peut être satisfait s'il est justifié d'une situation d'urgence et de l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, une demande présentée au titre de la procédure particulière de l'article L. 521-2 du même code implique, pour qu'il y soit fait droit, qu'il soit justifié d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention d'une mesure de sauvegarde dans les quarante-huit heures.

4. Pour établir l'urgence particulière qu'il y aurait à enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de débloquer sa situation, M. A fait valoir que lourdement handicapé, privé d'autonomie et soumis à un protocole médical strict, il dépend de sa sœur, qui va prochainement se faire opérer, ainsi que des aides sociales et de la prise en charge institutionnelle qui vont lui être supprimées si son droit au séjour, perdu depuis le 8 octobre 2024, n'est pas régularisé. Toutefois, il ne ressort d'aucune des pièces versées à l'instance que M. A aurait été privé des aides sociales auxquelles il a droit depuis la date d'expiration de sa dernière attestation de prolongation d'instruction, ni que les services appelés à le prendre en charge l'auraient menacé d'une éventuelle rupture de soins à brève échéance. De plus, par courriel du 10 octobre 2024, les services de la préfecture l'ont informé que sa demande était en cours d'instruction et que l'attestation sollicitée serait générée dans l'espace personnel de son compte ANEF. Dans ces conditions, pour regrettables que soient les délais d'instruction des demandes de renouvellement des titres de séjour par la préfecture des Hauts-de-Seine, M. A ne justifie pas de l'existence d'une situation d'urgence particulière rendant nécessaire l'intervention du juge des référés dans les quarante-huit heures.

5. Il résulte de ce qui précède qu'en l'absence d'urgence, sans qu'il y ait lieu d'examiner la condition d'atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions en application des dispositions précitées de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du même code.

ORDONNE :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 22 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

C. Oriol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.