Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415229

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2415229
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de Mme B, ressortissante malienne, qui contestait le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. La décision de l'OFII, fondée sur l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, était motivée par le dépôt tardif de sa demande d'asile, plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que l'OFII n'avait pas commis d'erreur de droit ou d'appréciation, notamment en l'absence de vulnérabilité particulière établie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024, et des pièces complémentaires, enregistrées le 25 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Orhant, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision en date du 16 octobre 2024 par laquelle le directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre au directeur de l'OFII de lui rétablir ses conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif depuis la cessation, même si elle ne devait pas présenter d'attestation de demandeur d'asile, dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à Me Orhant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ; ou, à défaut, en cas de refus d'admission à l'aide juridictionnelle, de lui verser la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- est entachée d'un vice de procédure, dès lors que l'OFII n'a pas procédé à une évaluation de sa vulnérabilité en méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'a pas été tenu compte de sa vulnérabilité ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir notamment que Mme B n'est pas fondée à se prévaloir de la naissance de sa fille pour justifier le dépôt tardif de sa demande d'asile, que lors de l'entretien de vulnérabilité, elle n'a déclaré aucun problème de santé et que le certificat médical produit n'est pas de nature à justifier d'une vulnérabilité extrême.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Louvel, magistrat désigné.

Les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malienne née le 13 août 2002, est entrée sur le territoire français en septembre 2022. Elle a sollicité l'asile en France le 16 octobre 2024 et a été placée en procédure accélérée. Par une décision du même jour, la directrice territoriale de l'OFII a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle avait introduit sa demande d'asile plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée sur le territoire français. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée () ".

5. La décision en litige vise notamment l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et indique le motif de fait retenu pour refuser à la requérante le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, tiré de ce qu'elle n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai de quatre-vingt-dix jours suivant son entrée en France. Ainsi, la décision contestée, qui fait apparaître de façon suffisamment circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivée.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. ".

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile en guichet unique, Mme B a bénéficié, le 16 octobre 2024, d'un entretien destiné à évaluer sa vulnérabilité, lequel a été mené par un agent de l'OFII en langue française, qu'elle comprend, comme en atteste la fiche d'évaluation de vulnérabilité qu'elle a signée sans réserve et que produit le directeur général de l'OFII en défense. Si Mme B a alors indiqué que son enfant a des problèmes de santé, elle n'a déposé aucun document à caractère médical sous pli confidentiel et ne s'est pas vu remettre de certificat médical vierge pour avis " Medzo ". Le compte-rendu de consultation du 19 août 2024 et le certificat médical établi le 24 août 2024 par un cardiopédiatre du service de Cardiologie à l'hôpital Robert Debré produits par la requérante dans le cadre de la présente instance attestent que son enfant est suivi par ce service, mais ne comportent toutefois aucun élément de nature à établir la gravité de son état de santé, et ne justifient donc pas que Mme B se trouvait à la date de la décision contestée dans un état de vulnérabilité particulière. Par ailleurs, Mme B, qui a indiqué lors de l'entretien d'évaluation qu'elle bénéficiait de la présence en France de sa sœur et du père de son enfant, n'est pas isolée sur le territoire national. Dès lors, Le moyen tiré de ce que la vulnérabilité de la requérante n'aurait pas été prise en compte en méconnaissance de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité, doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : / () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par Mme B a été enregistrée le 16 octobre 2024, soit plus de quatre-vingt-dix jours après son entrée en France, en septembre 2022. Si Mme B soutient qu'elle a entamé des démarches en vue de se voir reconnaître la qualité de réfugiée pour elle et sa fille à la naissance de celle-ci compte tenu des menaces d'excision proférées par sa famille à l'encontre de cette dernière, elle n'en justifie pas, aucune demande concernant sa fille n'ayant été versée au dossier. Dans tous les cas, à les supposer établies, ces circonstances ne constituent pas des motifs légitimes au sens des dispositions précitées du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour justifier du non-respect des délais prévus par cet article. Par suite, la directrice territoriale de l'OFII a pu, sans commettre d'erreur de droit au regard de ses dispositions et sans entacher sa décision d' une erreur manifeste d'appréciation, lui refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme B n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'OFII, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que demande

Mme B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 15 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

T. Louvel La greffière,

Signé

O. El Moctar La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.