Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415297

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2415297
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A, ressortissant mauricien, qui demandait à se voir fixer un rendez-vous pour déposer une demande de titre de séjour "salarié". Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car le requérant, présent en France depuis 2018 et titulaire d'un CDI depuis 2021, n'établissait pas de risque imminent de perte d'emploi. La solution retenue s'appuie sur les principes dégagés par la jurisprudence concernant l'obligation pour l'administration de fixer un rendez-vous dans un délai raisonnable, mais subordonne cette obligation à la démonstration d'une urgence particulière par le demandeur.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2024, M. A, représenté par

Me Megherbi, demande au juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", dans le délai de

48 heures courant à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'urgence :

- l'urgence est établie dès lors qu'en raison de la durée anormalement longue de l'instruction de sa demande de titre de séjour, il est maintenu dans une situation de grande insécurité administrative et est exposé au risque de perdre son emploi ;

Sur l'utilité de la mesure :

- alors que le préfet est tenu d'assurer la continuité du service public, les importants dysfonctionnements résultant de la procédure de dématérialisation nécessitent des mesures du juge des référés pour la sauvegarde de ses intérêts ;

- il remplit les conditions de délivrance d'un titre de séjour au titre du travail fixées par l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éclairées par les dispositions de la circulaire ministérielle du 29 janvier 2024 ;

Sur l'absence d'obstacle à l'exécution d'une décision administrative :

- aucune décision n'a été prise en l'espèce.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Charlery, premier conseiller, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant mauricien né le 18 novembre 1969, déclare être entré en France pour la dernière fois le 30 octobre 2018 et s'y être maintenu depuis cette date. Le 8 août 2022, il a déposé une première demande de titre de séjour en qualité de salarié qui n'a donné lieu à aucune réponse. Il a réitéré sa demande, le 18 octobre 2023, en sollicitant une pré-demande de rendez-vous sur le site " demarches-simplifiees.fr ". Depuis cette date, M. A n'a reçu aucune date de rendez-vous pour déposer son dossier, malgré trois relances par mèls de son conseil. Par la présente requête, l'intéressé demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui fixer un rendez-vous en vue du dépôt de sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Et, en vertu de l'article L. 522-3 de ce code, le juge des référés peut rejeter une requête par une ordonnance motivée, sans instruction contradictoire ni audience publique, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée.

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y étudier, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

4. En l'espèce, M. A soutient que l'urgence est constituée au regard de son maintien en situation de précarité et du risque de perdre son emploi. Toutefois, alors que le requérant déclare résider sur le territoire français depuis le 30 octobre 2018 et exercer une activité professionnelle au moins depuis le 21 janvier 2021, date de la signature d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de cuisinier avec la société Croq'o Pain, il ne ressort d'aucune pièce du dossier un risque de perte d'emploi imminent du fait du maintien de l'intéressé en situation irrégulière. De sorte que la situation de M. A ne révèle pas l'existence d'une situation d'urgence particulière nécessitant la délivrance d'un rendez-vous à bref délai et impliquant que sa demande de titre de séjour, qui a le caractère d'une première demande et non d'un renouvellement, soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur le caractère utile des mesures demandées, qu'il convient de rejeter les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, sur le fondement de l'article L. 522-3 du même code. Par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Cergy, le 30 octobre 2024.

La juge des référés,

signé

C. Charlery

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2415297