Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415466

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2415466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantYOMO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. C, ressortissant pakistanais, qui contestait les arrêtés du préfet du Val-d'Oise du 24 septembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d'un an et assignation à résidence. Le requérant invoquait une méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme, mais n'a pas apporté de preuves suffisantes des risques de traitements inhumains en cas de retour au Pakistan. Le tribunal a également écarté les moyens tirés d'une erreur sur le parcours migratoire et d'une erreur manifeste d'appréciation, faute de justificatifs. La décision est fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que sur la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. A C demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les arrêtés du 24 septembre 2024 par lesquels le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois, en l'obligeant à se présenter tous les mardis entre 9 heures et 12 heures, y compris lorsqu'ils sont chômés ou fériés, au commissariat de Cergy et lui a interdit de sortir du département du Val-d'Oise sans autorisation.

Il doit être regardé comme soutenant que les arrêtés contestés méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Louvel, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Louvel, magistrat désigné ;

- les observations de Me Yomo, avocat désigné d'office, représentant M. C, assisté de M. B, interprète en Ourdou, qui soutient, en outre, que le parcours migratoire pris en compte par le préfet comporte une erreur dès lors qu'il n'est jamais passé par le Portugal, et que les décisions attaquées sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant pakistanais né le 9 juillet 1959, déclare être entré en France le 17 février 2021. L'intéressé a fait l'objet d'un contrôle pour des faits de vérification du droit au séjour. Par deux arrêtés du 24 septembre 2024, le préfet du Val-d'Oise, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée maximale de 45 jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. M. C soutient qu'il n'est pas en mesure de retourner dans son pays d'origine dès lors que ses proches mettent sa vie en grand danger. Toutefois, l'intéressé ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations permettant de caractériser, en cas de retour au Pakistan, un risque réel de traitements inhumains ou dégradants au sens des stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

6. Si M. C soutient, par ailleurs, qu'il existe une erreur concernant son parcours migratoire dès lors qu'il est arrivé en France en provenance du Royaume-Uni et qu'il n'est jamais passé par le Portugal, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes des arrêtés attaqués que le préfet du Val-d'Oise se serait fondé pour prendre les arrêtés litigieux sur des faits inexacts. A cet égard, la mention figurant dans l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 24 septembre 2024, selon laquelle M. C " s'il allègue avoir déposé une demande d'asile au Portugal, il n'en justifie pas ", est conforme aux déclarations faites par le requérant, avec l'assistance d'un interprète, lors de son audition par les services de police, ainsi qu'en atteste le procès-verbal du 24 septembre 2024, qu'il a signé. Le moyen doit être écarté.

7. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, alors même que le requérant invoque des problèmes de santé, ces deniers n'étant justifiés par aucune pièce, que le préfet du Val-d'Oise aurait, en prenant les arrêtés du 24 septembre 2024, entaché son appréciation des conséquences de ces arrêtés sur la situation de M. C, d'une erreur manifeste.

8. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

T. LouvelLa greffière,

signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.