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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2415619

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2415619

mercredi 30 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2415619
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCHOELLKOPF

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, contestant l'arrêté préfectoral du 22 octobre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire et de méconnaissance du droit d'être entendu, relevant que l'intéressé avait pu présenter des observations lors de son audition. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, et l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 octobre 2024 et le 11 novembre 2024, M. D A, représenté par Me Schoellkopf, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions du paragraphe 1 de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, disproportionnée ;

- elle est disproportionnée.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut de base légale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est, à cet égard, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation , et disproportionnée ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 février 2025, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête et transmet au tribunal les pièces utiles au dossier.

Par ordonnance du 17 février 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 5 mars 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco- algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cordary, première conseillère,

- et les observations de Me Balme-Leygues, substituant Me Schoellkopf, représentant M. A, présent.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 3 avril 2025 à 14 heures 49.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 11 janvier 1999, indique être entré sur le territoire français en décembre 2022 et s'y être par la suite maintenu. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B, adjointe à la cheffe de bureau du contentieux et de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature consentie à cet effet par un arrêté du préfet n° 24-045 du 23 juillet 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

4. Le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

5. M. A soutient que l'audition réalisée le 22 octobre 2024 par un gardien de la paix a eu pour " seul objet d'enquêter sur les faits reprochés " et n'a pas porté sur le " risque de se voir délivrer une obligation de quitter le territoire français ou une interdiction de retour sur le territoire français ". Toutefois, alors que le préfet, dans la décision attaquée, fait mention de ce qu'il a déclaré être marié à une ressortissante française enceinte, M. A n'indique pas quelles autres informations pertinentes relatives à sa situation personnelle il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'autorité préfectorale qui, si elles avaient été communiquées, auraient pu avoir une influence sur le sens de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu ne peut donc qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces du dossier que le préfet du Val-d'Oise n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A au vu des éléments qui avaient été portés à sa connaissance, avant de prendre la décision attaquée.

7. En quatrième lieu, la circonstance que M. A ne constitue pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, le préfet ne l'ayant pas retenue pour motiver l'obligation de quitter le territoire français en litige, uniquement fondée sur sa situation irrégulière sur le territoire français.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Si M. A soutient qu'il vit en concubinage depuis plus de douze mois avec Mme C, ressortissante française avec laquelle il prévoit de se marier et de fonder une famille, il ne l'établit pas en se bornant à verser à l'instance une attestation d'hébergement et de ressources signée par cette dernière, ainsi qu'un document du 26 septembre 2023 d'admission aux urgences de l'hôpital privé de l'ouest parisien attestant d'une fausse couche de l'intéressée. De même, si M. A soutient que son père réside en France et qu'il n'a plus de lien avec sa mère demeurée au pays d'origine, il ne l'établit pas. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet du Val-d'Oise a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il a, à cet égard, commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants: 1/ Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public; 2/ L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse; 3/ Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ".

11. Si M. A soutient qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision refusant un délai de départ volontaire dès lors que le préfet a seulement motivé le refus d'octroi d'un tel délai par son maintien sur le territoire français en situation de clandestinité et sur l'absence de garanties de représentation, motifs en l'espèce non contestés.

12. En second lieu, si M. A soutient que la mesure est disproportionnée, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

13. En premier lieu, comme il a été dit ci-dessus, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle, ni qu'il a méconnu les stipulations, citées au point 8 ci-dessus, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il a, à cet égard, commis une erreur manifeste d'appréciation. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée ne peut être regardée comme étant disproportionnée.

14. En second lieu, la décision attaquée a été prise sur le fondement de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de son défaut de base légale ne peut donc qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, tout comme celles tendant à la condamnation de l'Etat aux entiers dépens, au demeurant non établis.

Par ces motifs, le tribunal décide :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié D A et au préfet du Val-d'Oise.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Oriol, présidente, Mme Cordary, première conseillère, et Mme Lusinier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.

La rapporteure,

signé

C. CORDARY

La présidente,

signé

C. ORIOLLa greffière,

signé

V. RICAUD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour ampliation,

La greffière

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