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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2416063

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416063

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416063
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTERRIAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2404383, le président du tribunal administratif d'Amiens a transmis au président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. D E enregistrée au greffe du tribunal administratif d'Amiens le 7 novembre 2024.

Par cette requête et un mémoire complémentaire, enregistrés au greffe du tribunal de céans les 8 novembre 2024 et 28 novembre 2024, M. E, représenté par Me Terriat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a assigné à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté du 2 novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait le 1° de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'arrêté du 2 novembre 2024 portant assignation à résidence dans le département du Val-d'Oise pour une durée de 45 jours renouvelable deux fois :

- il est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnait l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au préfet du Val-d'Oise qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Robert comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024 :

- le rapport de M. Robert, magistrat désigné ;

- les observations de Me Terriat, avocate désignée¸ représentant M. E, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- les observations de M. E, assisté de Mme C, interprète en langue arménienne ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, ressortissant arménien né le 27 août 1988, déclare être entré sur le territoire français le 28 décembre 2021, date de son entrée en Grèce sous couvert d'un visa de court séjour. Par un premier arrêté du 2 novembre 2024, la préfète de l'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un second arrêté du 2 novembre 2024, le préfet du Val-d'Oise l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de quarante-cinq jours, renouvelable deux fois. Par la présente requête, M. E demande l'annulation de ces deux arrêtés.

En ce qui concerne l'arrêté du 2 novembre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 30 octobre 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, la préfète de l'Oise a donné délégation à Mme A B, sous-préfète de Senlis, à l'effet de signer notamment, dans le cadre des permanences des membres du corps préfectoral qu'elle est amenée à assurer pour l'ensemble du département, toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. E a eu la possibilité, dans le cadre de la garde à vue consécutive à son interpellation, de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation dont il souhaitait se prévaloir. En outre, il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'intéressé aurait été empêché de porter à la connaissance du préfet toute information qu'il aurait estimée utile et susceptible d'avoir une incidence sur l'édiction de la mesure querellée. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Oise a méconnu son droit d'être entendu avant l'édiction de la mesure attaquée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. E soutient qu'il est entré en France en décembre 2021, qu'il y réside depuis lors auprès de son épouse et leurs deux enfants, et qu'il dispose d'une promesse d'embauche. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la cellule familiale s'est constituée en Arménie, pays où le requérant et son épouse se sont mariés et où est né leur premier enfant en 2017. Par ailleurs, s'il se prévaut d'une promesse d'embauche établie par la société T. pour un emploi d'ouvrier d'exécution, il ne démontre pas que la société T. ait déposé une demande d'autorisation de travail à son bénéfice. Enfin, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 32 ans au moins et où résident notamment ses parents. Dans ces conditions, il ne démontre pas l'existence d'obstacle à la reconstitution de la cellule familiale en Arménie, pays dont tous les membres de sa famille ont la nationalité. Par suite, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () ; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. () ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la validité du visa de court séjour dont il bénéficiait du 27 décembre 2021 au 24 janvier 2022. En outre, le requérant ne démontre, ni même n'allègue, avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour français depuis l'expiration de ce visa. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 2 novembre 2024 portant assignation à résidence :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de de l'arrêté attaqué doit être écarté.

13. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Laetitia Cesari-Giordani, secrétaire générale de la préfecture du Val-d'Oise, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet du Val-d'Oise par un arrêté du 22 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, à l'effet de signer tout arrêté relevant des attributions de l'Etat dans le département du Val-d'Oise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son auteur manque en fait et doit être écarté.

14. En troisième lieu, l'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée. ".

17. M. E fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai prise à son encontre le 2 novembre 2024. En outre, il n'est pas établi que l'éloignement du requérant du territoire français ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par ailleurs, le requérant, qui a déclaré lors de sa garde à vue qu'il résidait à Montmagny (Val d'Oise), ne fait état d'aucune circonstance qui nécessiterait des déplacements en dehors du département du Val-d'Oise pendant la période précitée. Dans ces conditions, M. E ne fait état d'aucune circonstance propre à sa situation qui permettrait d'estimer que la mesure d'assignation à résidence dans ce département prise à son encontre avec obligation de se présenter une fois par semaine les lundis entre 9h et 11h, y compris lorsqu'ils sont chômés ou fériés, au commissariat de police d'Enghien-Les-Bains pendant une période de 45 jours, renouvelable deux fois, présenterait un caractère disproportionné. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

18. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 25, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 2 novembre 2024 de la préfète de l'Oise et de l'arrêté du 2 novembre 2024 du préfet du Val-d'Oise doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E, à la préfète de l'Oise et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 12 décembre 2024.

Le magistrat désigné,

signé

D. Robert La greffière,

signé

Z. Bouyyadi

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise et au préfet du Val-d'Oise en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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