mardi 21 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2416236 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | DAHHAN |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le n° 2416236 le 12 novembre 2024 et le 3 janvier 2025, M. C A demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise, ou au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire avec une astreinte par jour de retard dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme, qui sera fixée en équité par le tribunal, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnait le principe du contradictoire ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation personnelle.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 23 décembre 2024 et le 13 janvier 2025, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
II - Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées sous le n° 2418930 le 30 décembre 2024 et le 3 janvier 2025, M. C A, représenté par Me Dahhan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 décembre 2024 par lequel le préfet de police de Paris a prolongé l'interdiction de retourner sur le territoire français pour douze mois supplémentaires ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'il n'a pas fait usage de produits stupéfiants ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 janvier 2025, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête et produit toutes pièces utiles au dossier.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a désigné M. Ouillon, vice-président, en qualité de juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. Ouillon, magistrat désigné.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant tunisien né le 15 novembre 1995, est entré en France irrégulièrement le 30 juillet 2022, selon ses déclarations. Il a été interpellé le 3 novembre 2024 pour des faits de conduite sans permis de conduire. Par un arrêté du même jour, le préfet du Val-d'Oise a prononcé à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai et une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Il a par la suite été interpellé le 16 décembre 2024 par les services de police pour des faits de conduite en ayant fait usage de produits stupéfiants et défaut de permis sous couvert d'un faux document administratif. Par un arrêté du 17 décembre 2024, le préfet de police de Paris a prolongé d'un an supplémentaire la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français dont il fait l'objet. Par ces requêtes, M. A demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 3 novembre 2024 et du 17 décembre 2024.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2416236 et n° 2418930 présentées par M. A concernent la situation d'un même requérant, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté litigieux, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, vise les textes dont il est fait application et mentionne les faits qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Droit à une bonne administration - Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Ces stipulations s'adressent non pas aux États membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de leur violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne qu'une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.
5. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal produit en défense, que M. A a eu la possibilité, au cours de son audition par les services de police le 3 novembre 2024, de porter à la connaissance de l'administration l'ensemble des informations relatives à sa situation familiale et personnelle. De plus, M. A ne se prévaut d'aucune circonstance qui si elle avait été portée à la connaissance de l'administration aurait pu avoir une incidence sur le contenu de l'arrêté attaqué. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise a méconnu son droit d'être entendu avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire garanti par les stipulations précitées doit être écarté.
6. En dernier lieu, si M. A se prévaut de son insertion sociale à la société française, ce dernier n'est présent sur le territoire français que depuis 2022, il est célibataire et sans charge de famille, et ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. De plus, s'il entend se prévaloir de son insertion professionnelle, l'intéressé, nonobstant la production d'un contrat de travail à durée indéterminée et de plusieurs bulletins de paie, n'est employé que depuis le mois de mai 2024. En outre, s'il allègue être en phase de régularisation par le travail au titre des métiers en tension, il ne l'établit pas. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été interpellé le 3 novembre 2024 pour des faits de conduite sans permis. Par conséquent, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-d'Oise aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en prenant à son encontre l'arrêté attaqué. Le moyen doit, en conséquence, être écarté.
En ce qui concerne la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :
7. En premier lieu, si M. A soutient que la décision contestée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il n'était pas sous l'emprise de stupéfiants lors de son interpellation, il ressort cependant des pièces du dossier, et notamment du relevé de prélèvement salivaire effectué le 16 décembre 2024, que l'intéressé était positif aux cocaïniques lors de son contrôle routier. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit, par conséquent, être écarté.
8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre à son encontre l'arrêté attaqué. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit, par conséquent, être écarté.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
10. M. A soutient que la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée, dès lors qu'il a été contrôlé par les services de police pendant ses heures de travail et non pas pendant la commission d'une quelconque activité délictuelle. Toutefois, cette circonstance n'a aucune incidence sur la légalité de la décision contestée. De plus, il est constant que l'intéressé a été interpellé pour des faits de conduite en ayant fait usage de produits stupéfiants et défaut de permis sous couvert d'un faux document administratif. Par ailleurs, il est constant que l'intéressé se maintient irrégulièrement sur le territoire français, et ce, en dépit de la décision portant obligation de quitter sans délai le territoire français dont il a fait l'objet le 3 novembre 2024 et qui lui a été notifiée le même jour. Dans ces conditions, et alors que M. A, eu égard à ce qui a été dit au point 6, est célibataire et sans enfants à charge et ne démontre aucune insertion particulière à la société française, le préfet de police de Paris, en prolongeant d'un an l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre du requérant n'a pas méconnu les dispositions précitées des articles L. 612-10 et L.612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentes par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées à fin d'injonction avec astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. A sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Val-d'Oise et au préfet de police de Paris.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
signé
S. Ouillon
La greffière,
signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise et au préfet de police de Paris en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2416236, 2418930
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026