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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2416279

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416279

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation11ème Chambre
Avocat requérantCROIZILLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine obligeait Mme B., ressortissante guinéenne, à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que l'arrêté méconnaissait l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, car la demande d'asile de la fille mineure de la requérante était encore en cours d'examen par l'OFPRA à la date de la décision, ce qui lui conférait un droit au maintien sur le territoire. En conséquence, l'obligation de quitter le territoire français, la fixation du pays de renvoi et l'interdiction de retour d'un an ont été annulées. Le tribunal a également enjoint au préfet de délivrer une autorisation provisoire de séjour à Mme B. et de réexaminer sa situation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 13 novembre 2024 et 22 octobre 2025, Mme E... B..., représentée par Me Croizille, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros à verser à Me Croizille, en application des dispositions combinées de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, relative à l’aide juridique.


Mme B... soutient que :
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit au maintien sur le territoire national résultant des dispositions de l’article L. 541-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, dès lors qu’elle a présenté une première demande d’asile au nom de sa fille mineure, qui était en cours d’instruction par l’OFPRA à la date de l’arrêté attaqué ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle et familiale.


Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :
- la requête est irrecevable, dès lors qu’elle est tardive ;
- en tout état de cause, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées le 13 octobre 2025, en application de l’articleR. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible, en cas d’annulation de l’arrêté attaqué, de prononcer d'office une injonction tendant à ce que le préfet des Hauts-de-Seine délivre une autorisation provisoire de séjour à Mme B... et procède au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.


Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision en date du 4 août 2025.


Vu les pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Ablard, président, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :
Mme B..., ressortissante guinéenne née le 7 juillet 2002 à Conakry, est entrée en France le 14 juin 2022. Elle a présenté le 20 juin 2022 une demande d’asile qui a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 4 octobre 2022, notifiée le 20 octobre 2022, et confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA) en date du 8 juin 2023, notifiée le 4 juillet 2023. Par un arrêté du 2 octobre 2024, dont Mme B... demande l’annulation, le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle provisoire :
Mme B... ayant été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision en date du 4 août 2025, les conclusions tendant à son admission provisoire à l’aide juridictionnelle sont devenues sans objet, et il n’y a donc plus lieu d’y statuer.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet des Hauts-de-Seine :
Aux termes de l’article L. 614-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l’interdiction de retour sur le territoire français qui l’accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l’article L. 911-1 ». Aux termes de l’article L. 911-1 du même code : « Lorsqu’une disposition du présent code prévoit qu’une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision. Sous réserve des troisième et avant-dernier alinéa du présent article, il statue dans un délai de six mois à compter de l’introduction du recours. / L’étranger peut demander le bénéfice de l’aide juridictionnelle, au plus tard lors de l’introduction de son recours. (…) ».
Il ressort des pièces du dossier que l’arrêté attaqué a été notifié à la requérante par la voie postale le 14 octobre 2024, et non le 2 octobre 2024 comme le soutient le préfet des Hauts-de Seine. Dans ces conditions, et en application des dispositions précitées, Mme B... avait la faculté de présenter son recours jusqu’au 15 novembre 2024, ce qu’elle a fait le 13 novembre 2024. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, opposée en défense, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : (…) 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (…) ». Aux termes de l’article L. 541-1 de ce code : « Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ». Aux termes de l’article L. 542-1 de ce code : « En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ».
Il ressort des pièces du dossier, et en particulier d’une attestation de première demande d’asile en procédure normale, que Mme B... a présenté le 27 août 2024 une demande d’asile pour sa fille mineure, D... A..., née le 4 juillet 2024 à Clamart. Il ressort également de ces pièces que la requérante a été convoquée pour un entretien à l’OFPRA le 10 décembre 2024. Ainsi, à la date de l’arrêté attaqué, le 2 octobre 2024, cette demande d’asile était en cours d’examen et Mme B... bénéficiait, en sa qualité de représentante légale de l’enfant D... A... et en application des dispositions précitées, du droit de se maintenir sur le territoire français jusqu’à la décision de l’OFPRA. Dans ces conditions, Mme B... est fondée à soutenir que le préfet des Hauts-de-Seine a entaché son arrêté d’une erreur de droit justifiant son annulation.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 2 octobre 2024 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur l’application des dispositions de l’article L. 911-2 du code de justice administrative et de l’article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile :
Aux termes de l’article L. 911-2 du code de justice administrative : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision ». Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si l’obligation de quitter le territoire français est annulée (...) l’étranger est muni d’une autorisation provisoire de séjour jusqu’à ce que l’autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ».
Eu égard au motif d’annulation retenu, le présent jugement implique pour son exécution que le préfet des Hauts-de-Seine délivre une autorisation provisoire de séjour à Mme B... et procède au réexamen de sa situation. Par suite, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer cette autorisation et de réexaminer la situation de l’intéressée dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés à l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État, partie perdante dans la présente instance, le versement d’une somme de 1 000 euros à Me Croizille, conseil de Mme B..., au titre de l’article L. 761- 1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle présentées par Mme B....
Article 2 : L’arrêté du préfet des Hauts-de-Seine en date du 2 octobre 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de délivrer à Mme B... une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L’État versera à Me Croizille la somme de 1 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E... B... et au préfet des Hauts-de-Seine.



Délibéré après l’audience du 29 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ablard, président,
M. Bories, premier conseiller,
Mme Lusinier, conseillère.




Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2025.



Le président-rapporteur,


signé


T. AblardL’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,

signé


A. BoriesLa greffière,


signé


M. C...




La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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