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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2416366

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416366

mercredi 26 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416366
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantACHACHE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise a annulé l'arrêté du 12 novembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine obligeait un ressortissant portugais à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de circulation d'un an. Le tribunal a jugé que les faits de violences conjugales reprochés, bien que graves, n'avaient donné lieu à aucune condamnation ou poursuite et ne suffisaient pas à caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société au sens de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés les 14 novembre 2024 et 19 décembre 2024, M. B... C..., représenté par Me Achache demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 12 novembre 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d’une année ;

2°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une carte de séjour en qualité de citoyen de l’Union européenne ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l’effacement de son signalement dans le système d’information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué porte atteinte à son droit à un recours effectif dès lors qu’il mentionne un délai de recours de quarante-huit heures, alors que ce délai est d’un mois, ce qui aurait pu le dissuader d’exercer un recours ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation au regard de l’article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne constitue pas, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- les décisions lui refusant un délai de départ volontaire et portant interdiction de circulation sur le territoire français sont illégales par voie de conséquence de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 octobre 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête et communique au tribunal les pièces utiles en sa possession.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus lors de l’audience publique :
- le rapport de M. Bories, premier conseiller,
- et les observations de Me Da Silva, substituant Me Achache, pour M. A....

Considérant ce qui suit :
M. C..., ressortissant portugais né le 6 novembre 1964, est entré en France en 1975 selon ses déclarations. Il a été interpellé et placé en garde à vue le 11 novembre 2024 pour des faits de violences conjugales. Par un arrêté du 12 novembre 2024, le préfet des Hauts-de-Seine l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d’une année.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 251-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : (…) 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ».
Il résulte de ces dispositions qu’il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
Pour considérer que le comportement de M. C... constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société, le préfet des Hauts-de-Seine a retenu la circonstance que l’intéressé a été placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales le 11 novembre 2024 et qu’il avait fait l’objet de gardes à vue identiques en 2013 et 2018. Toutefois, ces faits, en dépit de leur gravité, n’ont donné lieu à aucune condamnation, ni même à des poursuites. Ainsi, ils ne sont pas suffisants à eux seuls pour permettre de considérer que la présence du requérant sur le territoire français constituerait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l’encontre d’un intérêt fondamental de la société. En outre, le requérant qui déclare être entré France en 1975, a tous ses enfants en France, le premier né en 1992 d’une précédente union, et les trois autres nés en 2010, 2013 et 2017, issus de son mariage avec une ressortissante française en 2007. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir qu’en l’obligeant à quitter le territoire français au motif que sa présence en France constituerait une menace au sens des dispositions précitées de l’article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet des Hauts-de-Seine a entaché son arrêté d’une erreur d’appréciation justifiant son annulation.
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’arrêté attaqué doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
En premier lieu, eu égard au motif d’annulation retenu, il y a seulement lieu d’enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation de M. C... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
En second lieu, il ne ressort ni des termes de l’arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le requérant aurait fait l’objet d’un signalement dans le système d’information Schengen. Par suite, les conclusions du requérant tendant à ce que soit ordonnée la suppression de ce signalement ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais liés à l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat la somme que demande le requérant sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1 : L’arrêté du préfet des Hauts-de-Seine du 12 novembre 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de réexaminer la situation administrative de M. C... dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 12 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ablard, président,
M. Dufresne, premier conseiller,
M. Bories, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2025.


Le rapporteur,
signé
A. Bories
Le président,
signé
T. Ablard

La greffière,

signé

M.-J. Ambroise


La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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