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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2416371

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416371

mercredi 10 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantLECHABLE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 11 octobre 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a refusé un titre de séjour à M. A..., ressortissant bangladais, et l'a obligé à quitter le territoire. Le tribunal retient que le préfet a commis un défaut d'examen, car M. A... avait bien produit une demande d'autorisation de travail de son employeur, contrairement à ce que soutenait l'arrêté. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la demande de titre de séjour dans un délai de deux mois et de délivrer une autorisation provisoire de séjour. La décision se fonde sur les articles L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et R. 5221-1 et suivants du code du travail.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 15 novembre 2024 et 1er mai 2025, M. B... A..., représenté par Me Lechable, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 11 octobre 2024 par lequel le préfet de Val-d’Oise a rejeté sa demande d’un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-d’Oise de lui délivrer un titre de séjour d’un an portant la mention « vie privée et familiale » ou « salarié » dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, un récépissé l’autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l’État une somme de 1500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé et entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
- la décision l’obligeant à quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet du Val-d’Oise qui n’a pas produit d’observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code du travail ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Dufresne a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B... A..., ressortissant bangladais né le 17 octobre 1985, est entré sur le territoire français le 20 janvier 2016 selon ses déclarations. Il a sollicité, le 24 janvier 2024, la délivrance d’une carte de séjour temporaire en qualité de salarié. Par un arrêté du 11 octobre 2024, dont M. A... demande l’annulation, le préfet du Val-d’Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. Aux termes de l’article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (…). ». Aux termes de l’article L. 5221-2 du code du travail : « Pour entrer en France en vue d’y exercer une profession salariée, l’étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l’autorité administrative ou une autorisation de travail. ». Aux termes de l’article R. 5221-1 de ce code dans sa version alors en vigueur : « I. - Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : 1° Étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, d'un autre État partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; (…) II. - La demande d'autorisation de travail est faite par l'employeur (…). Tout nouveau contrat de travail fait l'objet d'une demande d'autorisation de travail ». Enfin, l’article R. 5221-17 de ce code dispose que : « La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est prise par le préfet. (…) ».
3. Pour rejeter la demande de l’intéressé, le préfet du Val-d’Oise s’est fondé sur la circonstance que M. A... « n’a pas produit aucune demande d’autorisation de travail établie par son employeur ». Toutefois, le requérant établit avoir communiqué le formulaire Cerfa n°15186*03 de demande d’autorisation de travail, renseigné et signé le 13 août 2024 par le directeur général de la SARL VM Nation. Il fournit, à cet égard, la preuve de dépôt de deux courriers recommandés avec accusé de réception datés des 19 août 2024 et 16 septembre 2024. Ainsi, le préfet du Val-d’Oise a entaché son arrêté d’un défaut d’examen de la demande de M. A... justifiant son annulation.
4. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’arrêté du préfet du Val-d’Oise du 11 octobre 2024 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
5. Eu égard au motif d’annulation exposé ci-dessus, il y a lieu d’enjoindre seulement au préfet du Val-d'Oise de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour en qualité de salarié présentée par M. A... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés à l’instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-d'Oise du 11 octobre 2024 est annulé.


Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise de réexaminer la demande de titre de séjour présentée par M. A... dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.


Article 3 : L’État versera à M. A... la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet du Val-d'Oise.



Délibéré après l'audience du 26 novembre, à laquelle siégeaient :


M. Ablard président,
M. Dufresne, premier conseiller,
M. Bories, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2025.

Le rapporteur,

signé

G. Dufresne
Le président,

signé

T. Ablard

La greffière,

signé

M-J. Ambroise

La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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