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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2416591

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416591

mercredi 21 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416591
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème Chambre
Avocat requérantBESSE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise annule l'arrêté du 21 octobre 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne avait obligé M. B..., ressortissant marocain, à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction retient un défaut d'examen de la situation personnelle et une erreur de droit, le préfet s'étant fondé à tort sur l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors que M. B... justifiait d'une entrée régulière et d'une situation professionnelle et familiale en France. En conséquence, le tribunal enjoint au préfet de réexaminer la situation de l'intéressé dans un délai de deux mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant ce réexamen.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2024, M. A... B..., représenté par Me Besse, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 21 octobre 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour assortie d’une autorisation de travail, dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît son droit d’être préalablement entendu ;
- il est entaché d’erreurs de fait ;
- il est entaché d’erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire est injustifiée et méconnaît par suite les dispositions de l’article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 23 janvier 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 7 avril 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Bories, premier conseiller, a été entendu lors de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. B..., ressortissant marocain né le 12 novembre 1977, est entré sur le territoire français le 20 août 2015. Par un arrêté du 21 octobre 2024, dont le requérant demande l’annulation, le préfet du Val-de-Marne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu’indique le préfet du Val-de-Marne dans son arrêté, M. B... est entré régulièrement sur le territoire français, muni d’un visa de long séjour de type D, valable du 18 août 2015 au 16 novembre 2015. En outre, après avoir obtenu une carte de séjour pluriannuelle valable du 12 octobre 2015 au 11 octobre 2018 en qualité de travailleur temporaire, il a déposé le 16 août 2024 une demande d’admission exceptionnelle au séjour via la plateforme « démarches simplifiées ». Par ailleurs, l’arrêté attaqué ne fait pas mention de la situation professionnelle du requérant, qui justifie pourtant de nombreux bulletins de paie depuis 2016, ni de sa situation familiale, alors que résident en France, sa mère, chez laquelle il demeure, et deux frères de nationalité française. Par suite, le préfet du Val-de-Marne a, d’une part, entaché l’arrêté attaqué d’un défaut d’examen de la situation de M. B... et, d’autre part, commis une erreur de droit en se fondant à tort sur l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; (...) ».
Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête, que l’arrêté du préfet du Val-de-Marne du 21 octobre 2024 doit être annulé en toutes ses dispositions.
Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :
Aux termes de l’article L. 614-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721 7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ».
Le présent jugement implique qu’il soit procédé au réexamen de la situation de M. B.... Il y a lieu, par suite, d’enjoindre au préfet du Val-de-Marne de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et de délivrer au requérant, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n’y a pas lieu, en revanche, d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L’arrêté du préfet du Val-de-Marne du 21 octobre 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, pour la durée de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : L’État versera à M. B... la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-de-Marne.
Copie en sera adressée au préfet des Hauts-de-Seine.
Délibéré après l'audience du 7 janvier 2026, à laquelle siégeaient :
M. Ablard, président,
M. Dufresne, premier conseiller,
M. Bories, premier conseiller.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 janvier 2026

Le rapporteur,

signé

A. Bories
Le président,

signé

T. AblardLa greffière,

signé

M-J. Ambroise
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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