Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2416942

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2416942
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Cergy-Pontoise, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de la décision implicite de refus de titre de séjour présentée par Mme A C, ressortissante brésilienne. La requérante sollicitait un changement de statut vers une carte "vie privée et familiale" après avoir été en situation irrégulière depuis 2016. Le juge a estimé que la condition d'urgence n'était pas remplie, car Mme A C s'était elle-même placée dans cette situation en n'engageant des démarches qu'en février 2024, et qu'elle disposait d'un récépissé valide. La solution retenue est fondée sur l'absence de circonstances particulières justifiant une urgence à très bref délai, malgré son projet de naturalisation pour participer aux Jeux Olympiques.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 novembre 2024, Mme B A C, représentée par Me Brame, demande au juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite en date du par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a refusé sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine, de lui délivrer le titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " qu'elle a sollicité, à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est présumée remplie, dès lors qu'elle a entrepris toutes les démarches pour régulariser sa situation administrative sans obtenir de réponse de la part des services de la préfecture, qu'elle est pressentie pour faire partie de la future équipe de Teqball qui représentera la France aux jeux olympiques de Los Angeles, qu'elle a besoin de son titre de séjour afin de pouvoir faire une demande exceptionnelle de naturalisation sur le fondement de l'article 21-19 du code civil ;

- il existe plusieurs moyens de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête n° 2416922, enregistrée le 25 novembre 2024, par laquelle Mme A C demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Lamy, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les requêtes en référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A C, ressortissante brésilienne née le 20 août 1993 à Torixoreu au Brésil, est entrée sur le territoire français le 22 juillet 2009 et a été prise en charge par l'aide sociale à l'enfance (ASE). Elle a obtenu plusieurs titres de séjour portants la mention " étudiant " dont le dernier a expiré le 31 octobre 2015, elle en avait sollicité le renouvellement et a été mise en possession de récépissés dont le dernier a expiré le 11 juillet 2016. En date du 14 février 2024, elle a sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, Mme A C demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a rejeté sa demande de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de son article L. 522-3 : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ".

3. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas parmi lesquels figurent les demandes de changement de fondement de titre de séjour, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

4. Pour justifier de l'urgence de sa situation, Mme A C fait valoir que le refus de délivrance de son titre de séjour la place dans l'impossibilité de déposer une demande de naturalisation lui permettant de participer aux Jeux Olympiques de Los Angeles au sein de l'équipe française de Teqball. Toutefois, il résulte de l'instruction que Mme A C n'a entamé des démarches de régularisation de sa situation administrative qu'en février 2024 et alors qu'elle était en situation irrégulière depuis le 11 juillet 2016. Dans ces conditions, alors qu'au surplus elle dispose d'un récépissé valable jusqu'au 18 décembre 2024, elle doit être regardée comme s'étant elle-même placée dans la situation d'urgence qu'elle invoque. Dès lors, la requérante ne saurait être regardée comme justifiant d'une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

5. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête de Mme A C en toutes ses conclusions par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A C.

Fait à Cergy, le 6 décembre 2024.

Le juge des référés,

signé

E. Lamy

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.