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AccueilJurisprudence administrativeN° TA95-2417664

Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — Décision N° TA95-2417664

vendredi 27 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
SectionTribunal Administratif de Cergy-Pontoise
N° DossierTA95-2417664
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantTOUJAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 décembre 2024, M. A B, représenté par Me Toujas, demande au Tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 novembre 2024 par lequel préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à son rencontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans le cas où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- est illégal en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- est entaché d'un défaut de base légale et méconnaît l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire sur laquelle elle est fondée n'existe pas ;

- est entaché d'une erreur d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 décembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bergantz, conseillère, pour statuer sur les recours relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bergantz, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant malien né le 29 mars 1980, a fait l'objet, par un arrêté du préfet du Val-d'Oise du 17 mars 2023, d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par un arrêté du 26 novembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois. M. B demande au Tribunal d'annuler cet arrêté du 26 novembre 2024.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Aux termes de l'article L. 711-1 de ce code : " L'étranger exécute la décision d'éloignement dont il fait l'objet sans délai ou, lorsqu'il bénéficie d'un délai de départ volontaire pour satisfaire à une décision portant obligation de quitter le territoire français, avant l'expiration de ce délai ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

4. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui vise les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, indique, d'une part, la circonstance que M. B n'a pas exécuté la décision d'éloignement dont il a fait l'objet le 17 mars 2023 et, d'autre part, au regard de l'article L. 612-10, les motifs pour lesquels le préfet de la Seine-Saint-Denis a fixé à douze mois la durée de l'interdiction de retour. Le moyen tiré d'une insuffisance de motivation doit, en conséquence, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'il soutient, M. B a fait l'objet, le 17 mars 2023, d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, qu'il n'a pas exécutée. Il entrait ainsi dans les prévisions des dispositions précitées de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, le requérant ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire de nature à faire obstacle au prononcé d'une telle interdiction. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en édictant l'interdiction de retour litigieuse, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ou qu'il aurait entaché sa décision d'un défaut de base légale. Les moyens invoqués à ce titre doivent, dès lors, être écartés.

6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

7. Le recours contentieux introduit par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du 17 mars 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a notamment obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a été rejeté par un jugement n° 2305052 du Tribunal administratif de Cergy-Pontoise du 12 décembre 2023. En l'absence d'appel formé contre ce jugement, la mesure d'éloignement dont a fait l'objet le requérant est devenue définitive. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'illégalité de cette mesure, invoqué par la voie de l'exception, n'est pas recevable et ne peut, en conséquence, qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, si M. B se prévaut de la présence en France de son frère, ce seul élément ne permet pas de démontrer l'intensité des liens personnels et familiaux qu'il entretiendrait sur le sol français, tandis qu'il est constant qu'il est célibataire et sans charge de famille. Il n'apporte en outre aucune précision quant aux conditions de son séjour en France. Dans ces conditions, alors même que la circonstance qu'il a fait usage d'une fausse carte de séjour dans l'objectif de s'en prévaloir lors de son embauche ne suffit pas à établir que la présence de M. B sur le territoire français constituait une menace pour l'ordre public à la date de la décision attaquée, et à supposer même qu'il n'ait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à douze mois la durée de l'interdiction de retour en litige.

9. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas, avant de prendre la décision contestée, procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. B au regard des éléments qui avaient été portés à sa connaissance.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation du préfet de la Seine-Saint-Denis du 26 novembre 2024 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

A. Bergantz La greffière,

Signé

O. El Moctar

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.0

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