mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| Section | Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise |
| N° Dossier | TA95-2417723 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | WELSCH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 décembre 2024, Mme A F B, agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de son fils mineur M. E D, représentée par Me Welsch, demande à la juge des référés, statuant en application des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'enjoindre au directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui ouvrir, à elle et son enfant, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, soit l'hébergement et l'allocation de demandeur d'asile, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Cergy-Pontoise la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, cette dernière renonçant en ce cas à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est remplie, dès lors qu'elle se trouve dans une situation d'extrême précarité et de dénuement matériel, que l'absence de bénéfice des conditions matérielles d'accueil préjudicie de façon extrêmement grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale, qu'elle est femme isolée sans ressources avec un enfant en bas âge ; qu'en outre, la saison hivernale détériore gravement sa santé mentale, dès lors qu'elle est dépourvue d'hébergement et qu'elle vit à la rue avec son enfant ;
- la décision attaquée est manifestement illégale dès lors qu'elle a été prise en l'absence d'examen préalable et particulier de sa situation et est entachée d'une erreur de droit en méconnaissance des dispositions des articles L. 551-15, L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa dignité en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors que cette situation constitue un traitement inhumain et dégradant, et à l'intérêt supérieur de l'enfant, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir :
- que l'urgence n'est pas établie ;
- que la requérante n'établit pas l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Richard, première conseillère, en application des dispositions de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les requêtes en référé.
Les parties ont été régulièrement averties de la tenue de l'audience publique du 11 décembre 2024 à 11 heures 30.
Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Soulier, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Richard, juge des référés,
- les observations de Me Welsch, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A F B, ressortissante ivoirienne née le 1er juin 1999, a déposé une demande d'asile auprès du guichet unique des demandeurs d'asile du Val-d'Oise le 10 juillet 2024. Par la présente requête, Mme B demande à la juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au directeur territorial de l'OFII de lui ouvrir, à elle et son enfant, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ".
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce et aux délais dans lesquels la juge des référés doit se prononcer, il y a lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes, d'une part, de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / 1° Il refuse la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L. 552-8 ; / 3. Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; / 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. /La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier () les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".
6. Si la privation du bénéfice des mesures prévues par la loi afin de garantir aux demandeurs d'asile des conditions matérielles d'accueil décentes, jusqu'à ce qu'il ait été statué sur leur demande, est susceptible de constituer une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit d'asile, le caractère grave et manifestement illégal d'une telle atteinte s'apprécie en tenant compte des moyens dont dispose l'autorité administrative compétente et de la situation du demandeur. Ainsi, le juge des référés ne peut faire usage des pouvoirs qu'il tient de l'article L. 521-2 du code de justice administrative en adressant une injonction à l'administration que dans le cas où, d'une part, le comportement de celle-ci fait apparaître une méconnaissance manifeste des exigences qui découlent du droit d'asile et où, d'autre part, il résulte de ce comportement des conséquences graves pour le demandeur d'asile, compte tenu notamment de son âge, de son état de santé ou de sa situation familiale. Il incombe au juge des référés d'apprécier, dans chaque situation, les diligences accomplies par l'administration en tenant compte des moyens dont elle dispose ainsi que de l'âge, de l'état de santé et de la situation familiale de la personne intéressée.
7. A l'appui de sa demande, Mme B soutient qu'alors qu'elle a déposé une demande d'asile le 10 juillet 2024, elle ne bénéficie pas de conditions matérielles d'accueil et se retrouve isolée, avec son enfant âgé d'un an, sans domicile fixe, bénéficiant ponctuellement d'une mise à l'abris dans un salon de coiffure ou des services du 115, et dormant le reste du temps à la rue. Si l'OFII soutient que la requérante s'est placée elle-même dans cette situation en n'ayant pas satisfait à ses obligations de présentations en 2021 et en se maintenant sur le territoire français alors qu'elle était en procédure " Dublin ", il résulte de l'instruction que depuis la cessation des conditions matérielles d'accueil le 17 janvier 2022, Mme B est devenue mère isolée d'un enfant né le 7 décembre 2023, ce dont elle a informé l'OFII lors de son entretien de vulnérabilité le 10 juillet 2024. Dans ces conditions, la requérante justifie de l'existence d'une situation d'urgence.
8. Il résulte de l'instruction que Mme B, dont la demande d'asile présentée le 9 juin 2021 avait été enregistrée en procédure " Dublin ", a fait l'objet le 17 janvier 2022 d'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil pour ne s'être pas présentée à deux reprises aux autorités le 5 octobre et le 7 décembre 2021. L'Etat français étant devenu responsable de l'examen de sa demande d'asile, Mme B a enregistré sa première demande d'asile en procédure accélérée le 10 juillet 2024 et a fait l'objet le même jour d'un entretien de vulnérabilité au motif qu'elle sollicitait les conditions matérielles d'accueil proposées par l'OFII, ainsi que cela ressort des termes mêmes de la fiche d'évaluation. Il est constant qu'à cette occasion, Mme B a fait part de la précarité de sa situation d'hébergement, déclarant qu'elle dormait avec son bébé dans un salon de coiffure. En outre, il résulte de l'instruction, et en particulier du certificat de vulnérabilité établi le 5 décembre 2024 par le Dr C à l'hôpital Bichat Claude-Bernard, que Mme B " présente des signes de souffrances psychiques importants avec cauchemars, insomnies et idées suicidaires ". Il est par ailleurs constant que l'OFII s'est borné, à l'issue de cet entretien, à l'orienter vers un SPADA le 11 juillet 2024 sans lui proposer un hébergement ni lui notifier de décision quant à sa demande de rétablissement des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, l'OFII, en ne permettant pas à la requérante de bénéficier de l'entièreté des conditions matérielles d'accueil, sans prendre de décision écrite et motivée en méconnaissance de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et sans avoir mesuré la grande vulnérabilité de la situation de l'intéressée et de son bébé et de leurs besoins au sens de l'article L. 522-3 du CESEDA, dont elle a pourtant été informée au vu des pièces versées à l'instance, a porté une atteinte grave et manifeste aux exigences qui découlent du droit d'asile et à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
9. Les conditions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative étant réunies, il y a lieu d'enjoindre à l'OFII de procéder au réexamen de la demande de bénéfice des conditions matérielles d'accueil de Mme B dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
10. Ainsi que cela a été dit au point 3, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme B à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Welsch, avocate de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Welsch de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme B.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de procéder au réexamen de la demande de Mme B de bénéficier des conditions matérielles d'accueil dans un délai de sept jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'OFII versera à Me Welsch, en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 000 (mille) euros sous réserve pour cette dernière de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A F B à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au ministre des solidarités de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes et à Me Welsch.
Fait à Cergy, le 11 décembre 2024.
La juge des référés,
signé
A. Richard
La République mande et ordonne au ministre des solidarités de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 24177232
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026