Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024, M. B... A..., représenté par Me Lefebvre, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision 48 SI du ministre de l’intérieur du 14 novembre 2024 constatant l’invalidation de son permis de conduire et les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 septembre 2022, 16 octobre 2022, 20 novembre 2022, 25 décembre 2022, 26 décembre 2022, 14 juin 2023, 18 mars 2024 et 2 juin 2024 ;
2°) d’enjoindre au ministre de l’intérieur de créditer son permis de conduire des 10 points correspondant aux infractions contestées et de retirer la décision par laquelle il a invalidé son permis de conduire pour solde de points nul ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions de retrait de points en litige sur lesquelles se fonde la décision « 48 SI » ne lui ont pas été notifiées ;
- il n’a pas reçu les informations prévues par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route s’agissant des infractions constatées les 30 septembre 2022, 16 octobre 2022, 20 novembre 2022, 25 décembre 2022, 26 décembre 2022, 14 juin 2023, 18 mars 2024 et 2 juin 2024.
- la réalité de ces infractions n’est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2025, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions dirigées contre les décisions de retraits de points consécutifs aux infractions constatées les 20 novembre 2022 et 14 juin 2023 sont irrecevables ;
- les conclusions dirigées contre la décision 48 SI du ministre de l’intérieur du 14 novembre 2024 et la décision de retrait de point consécutif à l’infraction constatée le 18 mars 2024 sont devenues sans objet dès lors que les mentions relatives à l'infraction commise le 18 mars 2024 ont été supprimées et que le permis de conduire de M. A... est valide, crédité de trois points à la date du 5 juin 2025 ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Rolin, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Rolin, présidente, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
A la suite d’infractions au code de la route, le ministre de l’intérieur a retiré des points au capital affecté au permis de conduire de M. A... né le 7 juillet 2000. Après avoir constaté que le nombre de points de ce permis de conduire, initialement crédité de douze points, était nul, le ministre de l’intérieur a, par décision « 48SI » du 14 novembre 2024, prononcé l’invalidation de ce permis et a ordonné à M. A... de restituer son titre de conduite. Par la présente requête, M. A..., demande au tribunal d’annuler la décision 48 SI du ministre de l’intérieur du 14 novembre 2024 constatant l’invalidation de son permis de conduire ainsi que les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 septembre 2022, 16 octobre 2022, 20 novembre 2022, 25 décembre 2022, 26 décembre 2022, 14 juin 2023, 18 mars 2024 et 2 juin 2024.
Sur l’étendue du litige :
En premier lieu, il résulte de l’instruction, et notamment du relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. A..., édité le 5 juin 2025 et transmis par le ministre de l’intérieur à l’appui de son mémoire en défense que, d’une part, les mentions du retrait de point consécutif à l’infraction commise le 18 mars 2024 ont été supprimées, d’autre part, le point retiré à la suite de l’infraction constatée le 2 juin 2024, lui a été restitué le 1er mars 2025, enfin qu’à cette date, le permis de conduire de M. A... était valide et doté d’un capital de trois points. Dans ces conditions la décision « 48SI » doit être regardée comme ayant été retirée. Par suite, les conclusions aux fins d’annulation de la décision « 48SI » et des décisions de retrait de points relatives aux infractions des 18 mars 2024 et 2 juin 2024 sont devenues sans objet. Il n’y a, dès lors, plus lieu d’y statuer, l’exception de non-lieu soulevée en défense doit être accueillie.
En second lieu, il résulte du relevé d’information intégral du 5 juin 2025 qu’antérieurement à l’introduction de la requête le permis de conduire de M. A... a été crédité le 14 novembre 2023 et le 24 mars 2024, en application des dispositions de l’article L. 223-6 du code de la route, des points retirés au titre des infractions commises les 20 novembre 2022 et 14 juin 2023. Dès lors, les conclusions de la requête dirigées contre ces deux décisions de retrait de points à la suite de ces infractions sont dépourvues d’objet et, par suite irrecevables.
Sur le surplus des conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de notification des décisions successives de retrait de points : :
Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « Le permis de conduire est affecté d'un nombre de points. Celui-ci est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. / (…).». En application de l’article L. 223-3 du même code : « Quand il est effectif, le retrait de points est porté à la connaissance de l'intéressé par lettre simple ou, sur sa demande, par voie électronique ». Aux termes de l’article L. 223-5 du même code : « En cas de retrait de la totalité des points, l'intéressé reçoit de l'autorité administrative l'injonction de remettre son permis de conduire au préfet de son département de résidence et perd le droit de conduire un véhicule ».
Si M. A... soutient qu’il n’a pas été destinataire des décisions successives portant retrait de points de son permis de conduire, les conditions de notification des décisions de retrait de points ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l’intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. La circonstance que l’administration ne soit pas en mesure d’apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée au demeurant par lettre simple, dans le respect des dispositions du code de la route, a bien été reçue par son destinataire, est sans incidence sur la légalité de ces décisions de retrait de points. Dès lors, M. A... ne saurait utilement se prévaloir de ce que les décisions de retrait de points ne lui auraient pas été notifiées pour en contester la légalité. Ce moyen est écarté comme inopérant.
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :
Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. / II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. (…) ».
Il résulte des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route que lors de la constatation d’une infraction entraînant retrait de points, l’auteur de celle-ci est informé notamment qu’il encourt un retrait de points si la réalité de l’infraction est établie dans les conditions définies à l’article L. 223‑1 du même code et de l’existence d’un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d’accéder aux informations le concernant. L’information prévue par ces dispositions du code de la route constitue une formalité substantielle dont l’accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre d’en contester la réalité et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, par suite, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tous moyens, qu’elle a satisfait à cette obligation.
S’agissant des infractions constatées les 16 octobre, 25 décembre et 26 décembre 2022 :
Les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code issues de l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, ou est constatée sans interception du véhicule et à l’aide d’un système de contrôle automatisé enregistrant les données en numérique, il est adressé au contrevenant un avis de contravention, qui comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, une notice de paiement qui comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération.
Il résulte des mentions du relevé d’information intégral afférent au permis de conduire de M. A..., produit par l’administration, que les infractions commises les 16 octobre, 25 et 26 décembre 2022 ont été relevées au moyen d’un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d’instance ou de police de CNT-CSA (centre national de traitement – contrôle sanction automatisé)", et ont donné lieu à l’émission d’une amende forfaitaire majorée. Le ministre produit à cet égard un avis de réception postal et un pli afférent à l’avis d’amende forfaitaire majorée afférente à l’infraction du 16 octobre 2025. Il ressort des mentions portées sur ledit avis que le pli dont il s’agit, envoyé par le DPS pour le compte de N9, a été adressé à M. A..., par lettre recommandée avec accusé de réception n° 2D 046 977 9056 5. Cet avis a été présenté le 3 mars 2023 à la même adresse que celle figurant dans les écritures de l’intéressé, comme en atteste la mention « avisé ». Or, cette mention implique nécessairement que M. A... était absent de son domicile lors du passage du facteur et que l’avis de passage l’informant de la présentation d’un pli recommandé et de la possibilité de le retirer à la poste dans un délai de quinze jours a été déposé dans sa boite aux lettres. En outre, le pli porte la mention « pli avisé et non réclamé », ce qui révèle que le requérant s’est abstenu d’aller retirer le pli du bureau de poste dont il relevait. M. A... doit dès lors être regardé comme ayant reçu notification de la décision d’amende forfaitaire majorée et de retrait de points afférentes à l’infraction du 16 octobre 2022. Il résulte de ce qui précède que l’administration doit être regardée comme s’étant acquittée de son obligation d’information préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance d’information préalable concernant l’infraction du 16 octobre 2022 doit être écarté.
Si M. A... fait valoir qu’il n'a pas été informé, lors de la constatation des infractions des 25 et 26 décembre 2022, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder, cette circonstance n'entache pas d'illégalité les décisions de retrait de points correspondantes s'il ressort des pièces du dossier que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. En retenant que, si le ministre de l’intérieur ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ont été délivrées à M. A... à l’occasion des infractions qu’il a commises les 25 et 26 décembre 2022, ce dernier n’a pas été privé d’une garantie, dès lors qu’il avait été rendu destinataire de ces informations au titre de l’infraction antérieure suffisamment récente du 16 octobre 2022.
S’agissant de l’infraction constatée le 30 septembre 2022 :
La mention probante du relevé d’information intégral « décision 76 » fait apparaître que M. A... a fait l’objet, à la suite de l’infraction commise le 30 septembre 2022, d’une condamnation pénale devenue définitive le 15 novembre 2023. Aussi, lorsqu'une infraction a été reconnue par une condamnation devenue définitive prononcée par le juge pénal qui a statué sur tous les éléments de fait et de droit portés à sa connaissance et que l'auteur de l'infraction a ainsi pu la contester, l'omission de la formalité substantielle que constitue l'information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 précités, est sans influence sur la régularité du retrait de points en résultant. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable de la décision de retrait de trois points à la suite de l’infraction commise le 30 septembre 2022 ne peut être qu'écarté.
En ce qui concerne le moyen tiré de l’absence de la réalité de l’infraction :
Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « (…) La réalité d’une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive. (…) ». Il résulte de cette disposition ainsi que de celles de l'article L. 225-1 du code de la route, combinées avec celles des articles 529 et suivants du code de procédure pénale et du premier alinéa de l’article 530 du même code, que le mode d’enregistrement et de contrôle des informations relatives aux infractions au code de la route conduit à estimer que la réalité de l’infraction est établie dans les conditions prévues à l’article L. 223-1 de ce code dès lors qu’est inscrite, dans le système national des permis de conduire, la mention du paiement de l’amende forfaitaire ou de l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, sauf si l’intéressé justifie avoir présenté une requête en exonération dans les quarante-cinq jours de la constatation de l’infraction ou de l’envoi de l’avis de contravention ou avoir formé, dans le délai prévu à l’article 530 du code de procédure pénale, une réclamation ayant entraîné l’annulation du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée.
Il résulte de l’instruction, notamment des mentions du relevé d’information intégral que des titres exécutoires pour le recouvrement des amendes forfaitaires majorées correspondant aux infractions commises les 16 octobre, 25 décembre et 26 décembre 2022 ont été émis les 13 février et 3 avril 2023 sans que le requérant ne fasse valoir qu’il aurait déposé des réclamations en ayant entraîné l’annulation. En outre, ainsi qu’il a été dit précédemment, les mentions du relevé d’information intégral font apparaitre que M. A... a fait l’objet d’une condamnation du tribunal d’instance ou de police d’Evry le 15 novembre 2023, devenue définitive le 27 novembre 2023. Par suite, la réalité de ces infractions est établie.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation dirigées contre les décisions de retrait de points consécutives aux infractions constatées les 30 septembre 2022, 16 octobre 2022, 25 décembre 2022 et 26 décembre 2022 ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Les conclusions accessoires à fin d’injonction doivent l’être également, par voie de conséquence du rejet des conclusions principales tendant à l’annulation des décisions de retrait de points en litige.
Sur les frais liés à l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A... présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Par ces motifs, le tribunal décide :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. A... tendant à l’annulation des décisions « 48 SI » du 14 novembre 2024 et de retrait de points relatives aux infractions des 18 mars 2024 et 2 juin 2024 sont devenues sans objet.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.
La magistrate désignée,
Signé
E. Rolin
La greffière,
Signé
S. Lefebvre
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.